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image description L’utilisation d’inhibiteurs de l’acétylcholinestérase permet-elle de diminuer la prescription des psychotropes chez les patients présentant une maladie d’Alzheimer ?
Chez les patients qui souffrent de maladie d’Alzheimer, des troubles psycho-comportementaux sont retrouvés dans près de 80% des cas. L’aggravation progressive de la symptomatologie vient alors alourdir de façon importante la charge du personnel soignant et des aidants. Un certain nombre de travaux ont cependant montré que les inhibiteurs de l’acétylcholinestérase pouvaient atténuer les troubles du comportement chez les sujets déments. Compte tenu de ces observations, une étude a été réalisée afin d’essayer de quantifier l’impact d’un traitement par la rivastigmine, un inhibiteur de l’acétylcholinestérase et de la butyrylcholinestérase, sur la prise de psychotropes chez des patients présentant une maladie d’Alzheimer.

Il s’agit d’une étude observationnelle, réalisée sur le territoire français, chez des patients non-institutionnalisés qui avaient un score au MMSE compris entre 10 et 26, et qui par ailleurs répondaient aux critères de démence du DSM-IV. Pour être retenus, les participants devaient prendre au moins un médicament psychotrope au début de leur traitement par rivastigmine. Parmi les 746 patients inclus dans l’étude, 657 ont répondu aux différents critères de sélection et ont été pris en compte dans l’analyse finale des données. Leur âge était de 79,2 ± 7,4 ans. Alors que 133 sujets avaient été précédemment traités par un inhibiteur de cholinestérase, 520 recevaient pour la première fois ce type de molécule. Le suivi moyen a été de 4,7 ± 1,7 mois, période au bout de laquelle une visite de contrôle était effectuée. Lors de ce second examen, 80% des patients recevaient la dose habituellement recommandée de rivastigmine soit de 6 à 12 mg/j. L’interrogatoire a, à cette occasion, montré que la proportion de patients qui avaient arrêté ou diminué d’au moins 25% leur consommation d’antipsychotiques, d’anxiolytiques d’antidépresseurs ou d’hypnotiques étaient respectivement de 60%, 58,4%, 28,6% et 28,6%. Ce bénéfice sur la consommation de substances psychotropes était d’autant plus marqué que la posologie de rivastigmine était plus élevée, en particulier en ce qui concerne les antipsychotiques et les antidépresseurs. Il est par ailleurs intéressant de noter que l’amélioration des performances cognitives, évaluées selon le score au test MMSE, était sensiblement plus importante chez les patients qui avaient diminué leur consommation de psychotropes. De la même manière, une amélioration importante des troubles du comportement était observée chez la moitié de ces sujets alors qu’un bénéfice comparable n’apparaissait que chez un quart de ceux qui n’avaient pas diminué leur prise de psychotropes.

La prise de cet inhibiteur de cholinestérase semble donc permettre une diminution, voire une suppression complète dans certains cas, des psychotropes chez les patients souffrant d’une maladie d’Alzheimer. De plus, une amélioration des performances cognitives apparaît plus importante chez les patients qui arrêtent les médicaments psychotropes, vraisemblablement du fait de la disparition des effets indésirables de ces substances ou parce que ces patients avaient reçu des doses plus importantes de rivastigmine.

Les résultats de cette étude en ouvert mériteraient cependant d’être confirmés par des essais contrôlés.
Nombre de patients qui prenaient des psychotropes en début d’étude et après traitement par la rivastigmine.
Médicaments psychotropes Lors de l’inclusion Lors de la seconde visite
Antipsychotiques 312 238
Anxiolytiques 291 206
Antidépresseurs 354 310
Hypnotiques 195 163
Publié en Octobre 2004
Auteur : T. Cudennec - Hôpital Ambroise Paré,  Boulogne-Billancourt
Références : Verny M, Fremont P, Bourrin JC, Bourdeix I, Pere JJ. Reduced psychotropic drug use in patients with Alzheimer’s disease receiving rivastigmine : results of the EXELAN study. J Drug Assess. 2004; 7: in press