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image description Ne pas confondre signes de maltraitance objectifs et déclarations spontanées des patients.
La maltraitance se caractérise par tout acte ou omission portant atteinte à la vie, à l’intégrité corporelle ou psychique d’une personne, à sa liberté ou compromettant sa sécurité financière. Quel qu’en soit le type, elle entraîne souffrances et dégradation de la qualité de vie. C’est un fléau silencieux qui touche un nombre élevé de personnes âgées.

Une équipe israélienne a étudié la maltraitance chez 730 personnes de plus 70 ans vivant à domicile avec l’aide de proches, ayant des fonctions cognitives correctes et recrutées lors d’une hospitalisation en 2004 ou 2005. La maltraitance était identifiée selon 3 méthodes :
1) un questionnaire de 10 items demandant aux sujets s’ils avaient été victimes de mauvais traitements au cours des dernières années et avec quelle fréquence ;

2) la recherche de signes de maltraitance par un entretien, un examen clinique et une étude du dossier d’admission. La maltraitance physique était détectée sur la base de 7 items (brûlures, contusions suspectes, cicatrices, etc…), la spoliation financière également par 7 items (transferts de fonds forcés, impossibilité de subvenir financièrement à ses besoins malgré des revenus suffisants, entraves pour accéder aux comptes bancaires, etc…), et la maltraitance morale par l’observation de l’aidant pendant l’hospitalisation (indifférence, irritabilité, manquement à ses obligations vis-à-vis du patient, interdiction pour le patient de communiquer avec le personnel). La négligence était évaluée sur une échelle de 12 items incluant une sur- ou sous-consommation de médicaments, une hypothermie, une mauvaise hygiène, un état de déshydratation, une tenue vestimentaire inadaptée, des escarres, etc... Les abus sexuels étaient recherchés sur la base de 4 items (sous-vêtements tâchés ou déchirés, infection génitale…)

3) l’outil E-IOA (Expanded-Indicator Of Abuse) permettait d’identifier les personnes à risque de maltraitance ou les victimes silencieuses. Onze items concernaient l’aidant (troubles du comportement, problèmes émotionnels, conflits familiaux, incapacité ou inexpérience à donner des soins, objectifs irréalistes, relations sociales inexistantes, tendance à blâmer les autres, dépendance financière, consommation excessive de drogue ou d'alcool). Ces 11 indicateurs de risque étaient également recherchés chez la personne aidée avec, en plus, l’isolement social, le manque de soutien et la dépendance émotionnelle.

L’analyse des résultats a montré que seulement 5,6% des patients reconnaissaient spontanément avoir subi des mauvais traitements, le plus souvent physiques ou sexuels. L’utilisation de la deuxième méthode pour détecter une éventuelle maltraitance a donné des résultats significativement différents puisque les infirmiers et les travailleurs sociaux qui ont interviewé et examiné les patients ont trouvé que 21,4% des personnes hospitalisées souffraient de signes évidents de mauvais traitement. L’approfondissement de l’investigation avec l’outil E-IOA a montré que finalement 1/3 des sujets présentaient un haut risque de maltraitance.

Les sujets qui avaient spontanément dénoncé des actes de maltraitance présentaient des signes cliniques de mauvais traitements et étaient à haut risque sur l’échelle E-IOA. Les patients qui avaient un niveau d’éducation élevé avaient davantage tendance à signaler les actes de maltraitance qu’ils subissaient. Les aidants avec un niveau d’éducation bas étaient plus enclins à faire subir de mauvais traitements, et ce risque augmentait en fonction du fardeau qu’ils ressentaient.
Cette étude montre qu’en Israël la maltraitance semble être un phénomène en augmentation, sans doute parce qu’elle est davantage recherchée mais aussi à cause d’un contexte économique plus difficile. Ces abus étant peu dénoncés par les victimes, l’hospitalisation est l’occasion de les rechercher en utilisant des questionnaires et des grilles d’évaluation de la maltraitance, et dans la mesure du possible tenter d’y remédier.

Pourcentage de dénonciation en fonction des différents types de maltraitance.

Répartition des différents types de maltraitance réellement identifiés.
Publié en Septembre 2007
Auteur : T. Cudennec - Hôpital Ambroise Paré,  Boulogne-Billancourt
Références : Cohen M, Halevy Levin S, Gagin R, Friedman G. Elder abuse: disparities between older people’s disclosure of abuse, evident signs of abuse, and high risk of abuse. J Am Geriatr Soc. 2007;55:1224-1230.