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image description Notre espérance de vie est-elle vraiment influencée par la durée du sommeil ?

Depuis plusieurs dizaines d’années, des articles scientifiques ont régulièrement rapporté la preuve d’une mortalité accrue pour des temps de sommeil inférieurs à 7 heures ou supérieurs à 8 heures, selon une courbe en U. Ce risque se maintient-il si la durée de son sommeil évolue ? La qualité du sommeil et l’utilisation d’hypnotiques modifient-ils ce risque ? Ces interrogations ont été confrontées aux données de la grande cohorte des jumeaux finlandais. L’analyse a porté sur 21 268 paires de jumeaux, dont 52,3% de femmes, âgées de 24 à 101 ans (âge moyen 40,7 ± 13,5 ans). Les participants avaient répondu à des questionnaires portant sur leur sommeil en 1975 et 1981, et ont été suivis pendant 22 ans (1982-2003), correspondant à 431 782 personnes-années. Au total, 3 700 décès ont été enregistrés au cours de cette période. Les modèles statistiques ont intégré une dizaine de paramètres cliniques et sociodémographiques : éducation, statut marital et professionnel, classe sociale, indice de masse corporelle, consommation de tabac et de boisson, activité physique, ... La répartition des sujets selon leur âge et leur sexe, ainsi que les caractéristiques de leur sommeil lors de l’évaluation en 1981, sont résumées dans le tableau ci-dessous.


Caractéristiques du sommeil des participants évaluées par questionnaire.

Parmi les nombreux résultats obtenus, les auteurs rapportent une augmentation du risque de mortalité chez les courts dormeurs (< 7h) masculins (hazard ratio = 1,26 ; IC à 95% = 1,11-1,43) et féminins (HR = 1,21 ; IC à 95% = 1,05-1,40). Le même type de résultats est retrouvé chez les longs dormeurs (> 8h) masculins (HR = 1,24 ; IC à 95% = 1,09-1,41) et féminins (HR = 1,17 ; IC à 95% = 1,03-1,34). Les gros consommateurs d’hypnotiques et/ou de tranquillisants (60 jours ou plus par an) voyaient également leur risque de mortalité accru, soit + 31% (IC à 95% = 1,02-1,69) chez les hommes, et + 39% (IC à 95% = 1,11-1,75) chez les femmes. Ces résultats n’étaient pas modifiés par la prise en compte du facteur “ronflements”. Cet effet du sommeil sur la mortalité variait beaucoup selon la tranche d’âge et le sexe, avec un effet maximal chez les hommes jeunes.
Lorsqu’on regarde l’évolution entre les 2 questionnaires, la qualité et la durée du sommeil avaient changé chez 1/3 des sujets. Chez les hommes, le risque de décès de cause naturelle augmentait chez ceux qui se déclaraient courts dormeurs en 1975 et qui l’étaient restés en 1981 (HR = 1,34 ; IC à 95% = 1,11-1,63), ainsi que chez les longs dormeurs qui l’étaient restés (HR = 1,29 ; IC à 95% = 1,03-1,62). Il faut aussi noter que le risque de mortalité accidentelle était également augmenté chez les courts dormeurs qui avaient gardé cette habitude (HR = 1,62 ; IC à 95% = 1,01-2,60). La qualité du sommeil était en revanche faiblement corrélée à une augmentation du risque de mortalité.
Ces résultats illustrent la complexité des associations entre le sommeil et la mortalité. Ils confirment également l’accroissement du risque chez les courts et longs dormeurs. Bien que l’effet du sommeil sur la mortalité soit modeste comparé à celui d’autres facteurs comme le tabac, il est néanmoins significatif. D’autres études seront de toute évidence nécessaires pour comprendre les mécanismes impliqués.

Publié en Janvier 2008
Auteur : C. Gauriau - Successful Aging, Boulogne-Billancourt
Références : Hublin C, Partinen M, Koskenvuo M, Kaprio J. Sleep and mortality: a population-based 22-year follow-up study. Sleep. 2007;30:1245-1253.