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image description Pathologies et risque suicidaire chez le sujet âgé
Le suicide est un problème majeur de santé puisqu’il représente la 11éme cause de décès aux Etats-Unis et est responsable d’environ 30 000 décès par an. Il existe des facteurs de risque comme les troubles de l’humeur, l’alcoolisme, l’abus de substances, le sexe masculin et l’avancée en âge avec sa cohorte de problèmes : deuil, isolement, poids du handicap. Le sujet âgé utilise des méthodes volontiers plus radicales que le sujet jeune. Le ratio suicide réussi / tentative de suicide est considérablement plus élevé avec l’âge. Ils verbalisent peu leur projet avant le passage à l’acte et les morts non violentes peuvent facilement être attribuées par erreur à une pathologie pré-existante.

Le but de cette étude canadienne était d’explorer le lien entre le risque suicidaire et certaines pathologies. Les auteurs ont répertorié les cas de suicide de personnes de 66 ans et plus sur une période de 9 ans grâce au registre du coroner de l’Ontario. Ils ont ensuite apparié sur l’âge, le sexe et les revenus chaque cas de suicide à 4 témoins et ils ont étudié les prescriptions médicales dans les six mois précédents le décès. Les traitements servaient de marqueurs de la présence d’une ou de plusieurs maladies susceptibles de majorer le risque suicidaire. Les patients étaient considérés comme porteurs d’une maladie quand, dans les six mois précédents, ils recevaient un de ces traitements. Les auteurs ont identifié 1354 suicides dont 76 % étaient des hommes et l’âge moyen était de 74,4 ans. Les moyens utilisés étaient d’abord les armes à feu (28 %), surtout chez les hommes, la pendaison (24 %) et l’intoxication volontaire (21 %). Quasiment tous les patients décédaient ailleurs qu’à l’hôpital. Les atteintes bipolaires, la dépression sévère et les douleurs intenses étaient fortement associées à une augmentation du risque suicidaire et à un degré moindre, l’insuffisance cardiaque, respiratoire et l’épilepsie. On observait une augmentation du risque relatif de suicide en fonction du nombre de pathologies cumulées par le patient. La plupart des suicidés avaient vu une ou plusieurs fois leur médecin ou un psychiatre dans le mois précédent le geste.

Cette étude confirme que l'association de plusieurs pathologies majore le risque suicidaire chez le sujet âgé et que les atteintes psychiatriques sévères sont fortement liées à une augmentation de ce risque. Les douleurs chroniques non ou insuffisamment soulagées poussent certains à un acte définitif qui serait un échappatoire à leur souffrance. Mais le suicide n'est pas une réponse simple à un problème unique. Ce travail n'étudie seulement qu'un aspect de ce vaste et méconnu problème. L'utilisation des traitements comme marqueur d'une maladie est probablement insuffisant car certains peuvent être utilisés dans plusieurs pathologies. Par ailleurs, il existe d'autres maladies comme les cancers qui peuvent majorer le risque de suicide chez la personne âgée. Le rôle des médecins n'est pas négligeable dans l'écoute et le dépistage de signes avant coureurs chez des sujets âgés fragilisés.
Maladies spécifiques associées au risque de suicide
Pathologies Odd Ratio Intervalle de confiance
Insuffisance cardiaque 1,73 1,33-2,24
Bronchite chronique obstructive 1,62 1,37-1,92
Epilepsie 2,95 1,89-4,61
Incontinence urinaire 2,02 1,29-3,17
Syndrome anxieux 4,65 4,07-5,32
Dépression 6,44 5,45-7,61
Désordres psychotiques 5,09 3,94-6,59
Atteintes bipolaires 9,20 4,38-19,33
Douleurs modérées 1,91 1,66-2,20
Douleurs sévères 7,52 4,93-11,46
Publié en Septembre 2004
Auteur : N. Faucher - , 
Références : Juurlink DN, Herrmann N, Szalai JP, Kopp A, Redelmeier DA. Medical illness and the risk of suicide in the elderly. Arch Intern Med. 2004; 164: 1179-1184