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image description Quel est le risque d’altération des fonctions cognitives chez les femmes âgées recevant une chimiothérapie pour cancer du sein ?
Près de la moitié des cancers du sein sont dépistés chez des femmes de plus de 65 ans. Si les effets secondaires de la chimiothérapie adjuvante sont dans leur ensemble bien décrits, la plupart des travaux qui en font mention concernent des adultes relativement jeunes. L’inclusion des personnes âgées dans les essais cliniques est en effet relativement faible. Ainsi, l’impact de ces traitements sur les fonctions cognitives n’a été que rarement exploré de façon longitudinale chez les seniors. Lorsque cette tranche d’âge était concernée, il s’agissait souvent de groupes de petite taille et les différences méthodologiques ne permettaient pas une comparaison aisée des résultats.

Le but de cette étude pilote était donc de combler cette lacune en permettant un suivi des patientes sur une durée incluant la période précédant la chimiothérapie. Un groupe de 28 femmes âgées de 65 à 84 ans (moyenne 71 ans), dont 39% avaient un cancer de stade I, 50% de stade II et 11% de stade III, a été constitué. Etaient exclues les femmes qui présentaient des métastases, celles qui avaient une histoire d’alcoolisme ou d’usage de stupéfiants, de pathologies psychiatriques ou qui avaient déjà reçu une chimiothérapie ou une radiothérapie de la tête. Une batterie de tests neuropsychologiques ainsi qu’une évaluation gériatrique comprenant un MMSE et un test de dépression ainsi qu’une appréciation de la qualité de vie étaient effectuées avant, puis 6 mois après le début de la chimiothérapie. Chez 20 patientes, le traitement consistait en une association intraveineuse de cyclophosphamide, méthotrexate et 5-fluoro-uracile toutes les 3 semaines pendant 8 cycles. Deux patientes ont reçu de la doxorubicine et du cyclophosphamide toutes les 2 ou 3 semaines pendant 4 cycles. Cinq patientes ont reçu de la doxorubicine, du cyclophosphamide puis du paclitaxel chaque 2 à 3 semaines, et une patiente a reçu ce même traitement suivi de trastuzumab pendant 52 semaines. A l’issue de ces traitements, 25 des malades ont reçu une thérapie hormonale adjuvante.

Avant tout traitement, 11% des sujets avaient des résultats aux tests neuropsychologiques plus de 2 déviations standards en dessous des valeurs normales d’une population de même âge. A la fin de l’étude, ils étaient 29% dans ce cas. Lorsque les auteurs se sont intéressés à l’évolution individuelle des patientes, ils ont observé que pour 50% d’entre elles il n’y avait pas de changement des capacités cognitives, alors que 39% montraient un déclin et 11% s’amélioraient. Par ailleurs, 25% des sujets ont montré un déclin pour au moins 2 domaines neuropsychologiques. Il n’y avait cependant aucune modification du statut fonctionnel, des comorbidités, du score de dépression ou de la qualité de vie entre le début et la fin de l’essai.

Ces résultats indiquent qu’une altération des fonctions cognitives apparaît chez certains des patients qui ont reçu une chimiothérapie. Les fonctions les plus touchées sont la mémoire visuelle, les fonctions spatiales et psychomotrices ainsi que l’attention. Ces résultats sont en accord avec les données obtenues essentiellement chez des patients plus jeunes. Compte tenu de la taille limitée de la population de cette étude, des essais de plus grande ampleur seraient nécessaires afin de préciser l’impact à plus long terme des divers traitements utilisés et, plus particulièrement, d’identifier les patients les plus à risque de présenter ce type de complication.
Publié en Septembre 2006
Auteur : T. Cudennec - Hôpital Ambroise Paré,  Boulogne-Billancourt
Références : Hurria A, Rosen C, Hudis C, Zuckerman E, Panageas KS, Lachs MS, Witmer M, van Gorp WG, Fornier M, D’Andrea G, Moasser M, Dang C, Van Poznak C, Hurria A, Holland J. Cognitive function of older patients receiving adjuvant chemotherapy for breast cancer: