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image description Quel est le rôle de la vitamine D dans les troubles cognitifs ?

Une première étude (1), la Osteoporotic Fractures in Men Study, avec une inclusion de 1 604 hommes, avait pour objectif d’évaluer les relations entre le niveau sanguin de vitamine D et le déclin cognitif, avec un suivi moyen de 4,6 ans. Les troubles cognitifs étaient évalués par le MMS modifié (Modified Mini-Mental State Examination) et le Trail Making Test B. Dans un modèle ajusté pour l’âge, la saison et le lieu de vie, les hommes avec un niveau bas de vitamine D présentaient un déclin cognitif évalué par le MMS, avec des odds ratio de 1,84 (IC à 95% : 0,81-4,19) pour le premier quartile, de 1,41 (IC à 95% : 0,61-3,28) pour le second quartile, et de 1,18 (IC à 95% : 0,50-2,81) pour le troisième quartile, comparés au quatrième quartile pris comme référence (p=0,12). Lorsque le déclin cognitif était évalué selon le Trail malking test B, ces valeurs d’odds ratio étaient de 1,66 (0,98-2,82) pour le premier quartile, 0,96 (0,54-1,69) pour le second quartile, et 1,30 (0,76-2,22) pour le troisième quartile, comparés au quatrième quartile (p=0,12).

Si cette première étude suggérait une association entre le déclin cognitif et le niveau sanguin de la vitamine D chez des hommes, les résultats n’étaient pas significatifs.

Une seconde étude avait pour objectif d’analyser les liens entre un faible niveau circulant de vitamine D et le déclin cognitif chez des femmes (2). Il s’agit de l’étude française EPIDOS. Dans ce travail, 752 femmes de 75 ans ou plus ont été divisées en 2 groupes : l’un ayant une concentration circulante de vitamine D inférieure à 10 ng/mL et l’autre des valeurs de vitamine D supérieures ou égales à cette valeur. Des troubles cognitifs étaient définis par un score du SPMSQ (Pfeiffer Short Portable Mental Status Questionnaire) inférieur à 8. Les facteurs de confusion étudiés étaient l’âge, l’indice de masse corporelle, le nombre de pathologies chroniques, une hypertension artérielle, une dépression, la prise de médicaments psychotropes, le niveau d’éducation, de l’exercice physique régulier, un niveau de parathormone intact et la calcémie. Les patientes qui avaient un déficit marqué en vitamine D avaient un score moyen du SPMSQ inférieur à celui des autres patientes (p < 0,001) et plus souvent un score inférieur à 8 (p < 0,006). Toutefois, aucune relation linéaire significative n’était retrouvée.

Les auteurs confirmaient ainsi la notion qu’un déficit marqué en vitamine D était associé de façon significative à un déclin cognitif chez ces femmes âgées.

Une troisième étude se proposait d’analyser les relations entre le niveau circulant  de vitamine D, la présence d’une démence et les résultats volumétriques de l’IRM cérébrale chez des patients âgés ambulatoires (3). Parmi les 318 participants, âgés en moyenne de 73,5 ± 8,1 ans, 231 étaient des femmes et 109 de race noire. Un niveau très bas de vitamine D (< 10 ng/mL) était retrouvé chez 14,5% des sujets, et une concentration inférieure à la normale (< 30 ng/mL) mais supérieure à 10 ng/mL était retrouvée chez 44,3% des participants. Au total, 76 individus (23,9%) avaient une démence. Ces patients avaient des valeurs de vitamine D significativement moindres que les participants non déments (16,8 vs 20,0 ng/mL, p < 0,01). La prévalence des démences parmi les personnes qui avaient un taux de vitamine D inférieur à 20 ng/mL était supérieure à celle des autres participants (30,5% vs 14,5%, p < 0,01). Un déficit en vitamine D était associé à un volume majoré d’hyperintensité de la substance blanche à l’IRM et une plus grande fréquence d’infarctus de vaisseaux cérébraux moyens ou gros (10,1% vs 6,9%, p < 0,01). Après ajustement pour l’âge, la race, le sexe, le niveau d’éducation et l’indice de masse corporelle, une concentration de vitamine D inférieure à 20 ng/mL était associée à un risque accru de démence (Odds Ratio 2,3 ; IC à 95% : 1,2-4,2), de maladie d’Alzheimer (OR 2,5 ; IC à 95% : 1,1-6,1) et d’accidents vasculaires cérébraux (OR 2,0 ; IC à 95% : 1,0-4,0).

Les auteurs concluaient qu’un déficit en vitamine D était associé à un risque accru de démences toutes causes confondues, à une maladie d’Alzheimer et à des accidents vasculaires cérébraux, ainsi qu’à des marqueurs à l’IRM de maladie cérébro-vasculaire. Un rôle vasculo-protecteur de la vitamine D est suggéré par ces investigateurs.

Au total, ces 3 études récentes renforcent la notion de lien étroit entre troubles cognitifs et déficit en vitamine D avec un risque significatif de survenue d’une maladie d’Alzheimer ou autre démence chez les patients âgés avec un déficit en vitamine D.

Les mécanismes physiopathologiques impliqués dans ces relations ne sont pas connus et mériteraient la conduite d’études ultérieures. De même, une intervention consistant en la correction d’un déficit en vitamine D doit être évaluée afin de vérifier si elle se traduit bien par un ralentissement du déclin cognitif.

Publié en Mars 2010
Auteur : L. Lechowski - Hôpital Sainte-Périne,  Paris
Références : 1. Slinin Y, Paudel ML, Taylor BC, Fink HA, Ishani A, Canales MT, Yaffe K, Barret-Connor E, Orwoll ES, Shikany JM, LeBlanc ES, Cauley JA, Ensrud KE. 25-Hydroxyvitamin D levels and cognitive performance and decline in elderly men. Neurology 2010;74:33–41. 2. Annweiller C, Schott AM, Allali G, Bridenbaugh SA, Kressig RW, Allain P, Herrmann FR, Beauchet O. Association of vitamin D deficiency with cognitive impairment in older women. Neurology 2010;74:27–32. 3. Buell JS, Dawson-Hughes B, Scott TM, Weiner DE, Dallal GE, Qui WQ, Bergethon P, Rosenberg IH, Folstein MF, Patz S, Bhadelia RA, Tucker KL. 25-Hydroxyvitamin D, dementia, and cerebrovascular pathology in elders receiving home services. Neurology 2010;74:18–26.