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Quel est l’impact d’un diagnostic de démence sur la survie de patients âgés présentant un cancer du sein, du colon ou de la prostate ?

L'incidence des troubles cognitifs, ainsi que celle des cancers, augmentent avec l’âge. Après 65 ans, la prévalence des démences est d’environ 10%. Parallèlement, entre 60 et 79 ans, le risque de développer un cancer invasif est proche de 33% chez les hommes et de 25% chez les femmes. En conséquence, la possibilité de rencontrer ces deux pathologies chez un même patient augmente aussi avec l’âge.

Certains travaux se sont intéressés à l’impact que peut avoir le diagnostic de troubles cognitifs sur le traitement des cancers chez ces mêmes patients. Ils ont montré que chez des personnes démentes, le diagnostic d’un cancer du colon était associé à un moindre recours aux biopsies. De même, chez des patientes porteuses de cancer du sein, le diagnostic préalable de troubles cognitifs était corrélé de façon indépendante à un stade plus avancé au moment du diagnostic. De plus, l’existence de troubles cognitifs augmente le risque de décès non imputable à un cancer chez les personnes qui en sont porteuses. La pneumonie est la cause de décès la plus fréquente lors de troubles cognitifs sévères, les pathologies cardiaques et les AVC correspondant davantage à des stades légers à modérés. Le fait de savoir comment la démence en tant que comorbidité influence les décès imputables ou non à un cancer peut être une aide dans la prise de décision de traitement carcinologique.

L’existence de troubles cognitifs préalables à la découverte d’un cancer vient régulièrement affecter les soins spécifiques qui peuvent être proposés. Une équipe américaine a étudié l’impact en termes de survie de l’identification de troubles cognitifs chez des patients atteints de cancer. Grâce à la base de données Medicare, les investigateurs ont évalué l’association entre l’existence préalable de troubles cognitifs et la survie chez 106 061 patients âgés de 68 ans et plus, porteurs de cancers du sein, du colon ou de la prostate. Deux hypothèses ont été émises : la présence d’un diagnostic de démence est associée à une augmentation de la mortalité par cancer et par une autre cause chez des personnes âgées souffrant de cancer ; le stade du cancer au moment du diagnostic a moins d'impact sur la survie chez les patients atteints de troubles cognitifs que chez ceux n’en ayant pas. Le risque de mortalité par cancer, et celui imputable à d’autres causes qu’un cancer, classées selon l’existence ou non de diagnostic de démence ont été renseignés.

Les résultats de cette étude montrent que la prévalence des troubles cognitifs variait de 7,4% chez les patients qui avaient un cancer du sein, à 10,0% lors de cancer du côlon, et 5,1% pour le cancer de la prostate. Ces troubles étaient d’autant plus fréquents que les patients étaient plus âgés, noirs, de sexe masculin, célibataires, moins instruits, qu’ils vivaient dans une zone défavorisée ou présentaient davantage de comorbidités. Les patients atteints de cancer et qui avaient eu au préalable un diagnostic de démence, étaient beaucoup moins susceptibles d'être diagnostiqués à un stade précoce de leur cancer. Cette différence était notamment marquée pour le cancer du sein (28,0% vs 50,7%). La mortalité à 6 mois concernait 33,3% des patients présentant des troubles cognitifs contre 8,5% dans le groupe n’en présentant pas et variait selon le site de la tumeur primitive (sein : 24,9% vs 5,1%; côlon : 44,9% vs 20,2%; prostate : 28,5% vs 4,3%). Pour chacun des 3 cancers, la démence était associée à une augmentation significative de la mortalité due à des causes non imputables au cancer.

Cette étude rétrospective a permis de montrer que le diagnostic préalable de démence, quelle qu’en soit la cause, était associé à une augmentation de la mortalité toutes causes confondues ainsi qu’à une diminution de la survie après le diagnostic de cancer du sein, du côlon, ou de la prostate. Lors de l’existence de troubles cognitifs, le diagnostic de cancer est régulièrement porté à un stade plus avancé de la maladie. Cet article soulève entre autre la problématique du dépistage et des difficultés de la prise en charge des comorbidités responsables d’un surcroît de décès chez les patients qui présentent des troubles cognitifs. Ce raisonnement laisse à penser que l'amélioration du dépistage du cancer ou de son traitement ne serait probablement pas d’une grande incidence sur cet excès de mortalité.


Mortalité à 1 et 5 ans après un diagnostic de cancer du sein, du colon ou de la prostate.

Publié en Novembre 2008
Auteur : T. Cudennec - Hôpital Ambroise Paré,  Boulogne-Billancourt
Références : Raji MA, Kuo YF, Freeman JL, Goodwin JS. Effect of a dementia diagnosis on survival of older patients after a diagnosis of breast, colon, or prostate cancer. Arch Intern Med, 2008;168:2033-2040.