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image description Quelle est la place du traitement des facteurs de risque cardiovasculaire dans la prise en charge des patients avec une maladie d’Alzheimer ?

Les données de la littérature permettent d’impliquer plusieurs facteurs de risque cardiovasculaires dans l’évolution de la maladie d’Alzheimer. Deux études récentes, émanant d’équipe françaises, ont permis de préciser l’importance de la prise en charge de ces facteurs pour ralentir le déclin cognitif chez des patients souffrant de maladie d’Alzheimer.

Les patients de la première étude ont été recrutés par les centres mémoire du CHU de Lille. Ils étaient atteints d’une maladie d’Alzheimer à l’exclusion de toute maladie cérébro-vasculaire. Au total, 301 patients ont eu au moins 2 évaluations à l’aide du MMS à 6 mois d’intervalle. Leur score moyen à l’inclusion était de 21,6 et l’âge moyen était de 71,7 ans, avec 69,4% de femmes. Les facteurs de risque cardiovasculaire pris en compte étaient une hypertension artérielle, une hyperlipémie, un diabète sucré, une artériopathie oblitérante des membres inférieurs et un tabagisme. Seulement 21 patients n’avaient aucun de ces facteurs de risque, et parmi les autres, 72 (25,7%) n’avaient aucun traitement, 119 (42,5%) avaient un traitement d’au moins l’un de ces facteurs mais pas de tous, et 89 autres (31,8%) avaient un traitement pour tous leurs facteurs de risque cardiovasculaires. Ces 3 groupes de patients ont fait l’objet d’une analyse multivariée concernant leur déclin du score MMS. Les patients qui avaient un traitement pour tous leurs facteurs de risque avaient un déclin au MMS moindre que les patients sans traitement. Les patients avec un traitement partiel de l’ensemble de leurs facteurs de risque avaient un déclin intermédiaire au MMS. Des essais thérapeutiques randomisés seraient nécessaires pour confirmer ces résultats.

La seconde étude a permis de préciser la place des traitements antihypertenseurs chez les patients qui souffrent d’une maladie d’Alzheimer alors que la littérature sur ce point reste controversée. Cette étude concernait 321 patients recrutés au centre mémoire de l’hôpital Broca à Paris. Le déclin cognitif était également jugé sur la baisse du score MMS. Les patients avaient un âge moyen de 78,1 ans parmi lesquels 54% recevaient un traitement antihypertenseur. Le suivi moyen était de 34,1 mois et le score MMS moyen à l’inclusion était identique entre le groupe avec ou sans traitement antihypertenseur. Le score au MMS durant le suivi était meilleur dans le groupe des patients avec traitement antihypertenseur comparé au groupe des patients sans un tel traitement : 21,9 ± 4,9 vs 21,2 ± 5,1 à 1 an (p = 0,001) ; 20,8 ± 5,5 vs 19,4 ± 5,7 à 2 ans (p < 0,001); 19,0 ± 6,7 vs 17,5 ± 6,4 à 3 ans (p < 0,001), après ajustement pour l’âge, le sexe, le niveau d’instruction, la pression artérielle systolique et diastolique à l’inclusion, le score au MMS à l’inclusion, la présence d’une cardiopathie ischémique, d’un traitement par statine ou par anti-agrégant plaquettaire.

Si les résultats de ces 2 études mériteraient d’être confirmés par des essais thérapeutiques conventionnels, il n’en est pas moins important de constater qu’ils apportent des arguments forts pour considérer que le traitement des facteurs de risque cardiovasculaires chez les patients souffrant d’une maladie d’Alzheimer représentent un enjeu majeur dans leur prise en charge ainsi que pour les pistes de recherche à venir.

Publié en Octobre 2009
Auteur : L. Lechowski - Hôpital Sainte-Périne,  Paris
Références : Deschaintre Y, Richard F, Leys D, Pasquier F. Treatment of vascular risk factors is associated with slower decline in Alzheimer disease. Neurology 2009;73;674-680. Duron E, Rigaud A-S, Dubail D, Mehrabian S, Latour F, Seux M-L, Hanon O