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image description Quelle est la relation entre taux plasmatiques d'homocystéine et hospitalisations pour maladies cardiovasculaires ?
On admet volontiers actuellement qu'un niveau élevé d'homocystéine plasmatique est associé à la survenue de maladies cardiovasculaires. Depuis quelques années, on en vient à admettre également qu'il s'agit d'un facteur de risque indépendant d'obstruction artérielle ou de thrombose veineuse, proportionnel à son niveau d'élévation. Cependant, même si un grand nombre de travaux prospectifs et rétrospectifs, qui totalisent plus de 20 000 sujets, vont dans ce sens, d'autres études n'ont pas montré une telle association. On sait enfin qu'une hyperhomocystéinémie peut être liée à une carence en vitamine B12 ou en folates, ou à une insuffisance rénale. Un taux élevé d'homocystéine, de la même façon, paraît plus fréquent avec l'âge, chez les hommes mais aussi chez les femmes après la ménopause, et semble associé à certains comportements comme le tabagisme, une forte consommation de café ou la sédentarité. Une association plus ténue a aussi été rapportée avec d'autres facteurs de risque cardiovasculaires tels que les niveaux de pression artérielle ou de cholestérol plasmatique.

Ces différents risques et associations supposés ont fait réfléchir une équipe d'épidémiologistes et d'universitaires norvégiens de la région de Bergen, à l'occasion de la Hordaland Homocysteine Study, cohorte utilisée pour l'étude du lien entre maladies cardiovasculaires et niveaux d'homocystéinémie. Cette équipe a examiné l'association qui pouvait exister entre l'homocystéinémie plasmatique totale, faite des fractions libres et liées aux protéines, et la survenue d'une hospitalisation entraînée soit par une maladie cardiovasculaire soit par un acte de revascularisation coronaire. L'analyse a été conduite dans les classes d'âge 40 à 42 ans et 65 à 67 ans sur des données qui provenaient initialement de 17 361 sujets. A l'inclusion dans l'étude, entre 1992 et 1993, un certains nombre de paramètres pertinents était recueilli comme le poids, la taille, la pression artérielle, les lipides plasmatiques et l'homocystéinémie. L'existence de facteurs de risque ou la présence d'antécédents cardiovasculaires étaient également notées. Les diagnostics à la sortie d'une hospitalisation ainsi que les causes de décès ont été analysés jusqu'à la fin de l'étude en mai 1998.

A l'inclusion dans l'étude, les sujets qui avaient déjà une maladie cardiovasculaire étaient ceux qui avaient la plus forte homocystéinémie. Par la suite, le risque d'hospitalisation lié à un événement cardiovasculaire augmentait significativement avec l'homocystéinémie, mais seulement dans le groupe de sujets "âgés". Parmi eux, plus forte était l'élévation de l'homocystéine plasmatique, plus fréquentes étaient les hospitalisations. Enfin, le lien qui unissait homocystéinémie élevée et hospitalisation était renforcé lorsqu'il existait un antécédent cardiovasculaire.

A la lumière de ces résultats, les auteurs de ce travail épidémiologique concluent que, pour les patients âgés, l'hyperhomocystéinémie est un bon facteur prédictif de l'hospitalisation pour maladie cardiovasculaire, surtout lorsqu'il y a déjà des antécédents patents. Ces résultats confortent également l'hypothèse qui veut que l'homocystéine interagisse avec les facteurs de risque classiques pour faciliter ou précipiter la survenue de l'événement cardiovasculaire aigu.
Homocystéinémie
(µmol/L)
Nombre de sujets
(65 à 67 ans)
évènements cardiovasculaires n
(%)
Survie
(%)
Risque d'hospitalisation
ratio [IC 95%]
< 9 765 94 (12 %) 87,7 1
9 à 11,9 1976 269 (14 %) 86,4 1,02 [0,79 - 1,27]
12 à 14,9 1274 252 (20 %) 80,2 1,34 [1,05 - 1,71]
15 à 19,9 574 141 (25 %) 75,4 1,67 [1,28 - 2,19]
> 20 177 47 (27 %) 73,5 1,94 [1,35 - 2,78]
P     < 0,001 < 0,001
Publié en Septembre 2002
Auteur : L. Teillet - Hôpital Sainte-Périne,  Paris
Références : Nurk E, Tell GS, Vollset SE, Nygard O, Refsum H, Ueland PM. Plasma total homocysteine and hospitalizations for cardiovascular disease : the Hordaland Homocysteine Study. Arch Intern Med 2002; 162: 1374-1381.