< Retour

Actualités

image description Quels peuvent être les apports de la neuro-imagerie dans la connaissance des mécanismes du syndrome confusionnel ?
Le syndrome confusionnel (SC) est caractérisé par un état aigu de confusion avec une altération de la conscience et des troubles des fonctions cognitives. Les définitions reposent aujourd'hui exclusivement sur des critères cliniques, ce qui traduit le manque de connaissances notamment quant aux mécanismes physiopathologiques impliqués. L'imagerie médicale du cerveau a fait de considérables progrès ces dernières années. Les auteurs de cet article de synthèse ont rapproché ces techniques d'imagerie avec les questions restant sans réponse dans l'entité représentée par le SC.

L'imagerie la plus simple est le scanner cérébral. Une étude a montré que le scanner cérébral systématique pouvait révéler des causes de SC, mais que le plus souvent cet examen était normal. Le cas rapporté d'un SC suite à un infarctus profond des ganglions de la base, avec régression de symptômes sous anti-cholinestérasique a considérablement renforcé l'hypothèse cholinergique du SC. L'IRM cérébral a permis de faire le lien entre lésion du splénium du corps calleux et SC.

L'étude du flux sanguin cérébral par le SPECT (Single Proton Emission Computed Tomography) a été rendue possible grâce à l'utilisation de marqueurs radioactifs spécifiques. De façon générale, il a été observé une diminution du flux sanguin cérébral dans le SC. Des analyses un peu plus précises ont montré une diminution du flux sanguin particulièrement au niveau frontal ou pariétal. Le principal problème de cette technique est que la mesure du débit sanguin n'est pas absolue mais relative. La diminution du flux sanguin cérébral au cours du SC peut bien évidemment en être la cause, mais aussi être un indicateur d'un état morbide à l'origine d’un tel syndrome.

Des études neuropathologiques, trop peu nombreuses à ce jour, ont permis de mettre en évidence des modifications anatomiques significatives chez des patients avec un SC. De nouveaux algorithmes ont permis l'analyse volumétrique de façon très précise de certaines régions du cerveau. On est aujourd'hui capable de détecter des modifications de volume de l'ordre de 1% seulement sur des intervalles de temps donnés. Ces techniques pourraient ainsi mettre en évidence une atrophie accélérée dans les suites d'un épisode de SC, et renforcer l'hypothèse de lésions à long terme dans ce syndrome. Cependant, devant l'absence de spécificité d'une atrophie cérébrale dans les démences neurodégénératives, il faut sans doute attendre d'autres études analysant notamment les régions du cerveau dont l'atrophie a une valeur prédictive élevée pour une dégénérescence cérébrale.

L'IRM fonctionnelle est basée sur une mesure de la consommation d'oxygène par les neurones. Cette consommation est dépendante de l'activité de la région cérébrale étudiée. L’imagerie est réalisée avant et après certains stimuli ou certaines tâches très précises et basiques comme par exemple la mémorisation d'un mot. Des études ont ainsi permis de repérer les patients qui allaient convertir un Mild Cognitive Impairment (MCI) en une authentique maladie d'Alzheimer, simplement en étudiant les régions temporales par l'IRM fonctionnelle. Cette technique permettrait de repérer les patients à risque de SC, ou bien encore de suivre les performances à moyen et long terme après la survenue d'un SC.

Des analyses par "marquage du spin artériel" sont associées aux techniques standard de l'IRM cérébrale. Des informations sur les variations de flux sanguin cérébral sont analysées dans des intervalles de temps de l'ordre de la seconde. L'étude des effets des modulateurs des neurotransmetteurs tels que la scopolamine ou les anti-cholinestérasiques pourrait ainsi être réalisée.

L'imagerie de la barrière hémato-méningée est effectuée à l'aide de l'IRM. Cette barrière hémato-méningée est particulièrement intéressante à étudier car l'on sait qu'une altération de celle-ci peut être à l'origine d'un passage dans le cerveau de substance telles que des cytokines inflammatoires ou encore d'autres agents neurotoxiques. L'implication de ces substances dans le SC mériterait d’être mieux étudiée par l'usage de l'IRM pour analyser la qualité de cette barrière.

Récemment, la substance amyloïde a été visualisée dans le cerveau grâce à un marquage de substances de la classe des benzothiazoles. L'imagerie est ensuite réalisée au moyen d'un PET-scan. Cette imagerie est particulièrement pertinente chez des patients avec un SC très prolongé dont la présence d’une maladie d'Alzheimer débutante a été souvent discutée. Une meilleure connaissance des liens entre maladie d'Alzheimer et SC est ainsi envisageable. Le PET-scan et le SPECT servent à repérer des substances telles que des neurotransmetteurs cholinergiques ou dopaminergiques, et permet une meilleure compréhension de la physiopathologie du SC.

Beaucoup de travaux sont possibles pour mieux connaître le syndrome confusionnel, tant d'un point de vue physiopathologique que pronostique. Ils pourraient s’appuyer sur une imagerie cérébrale de plus en plus performante, imagerie qui permet aujourd'hui l'étude du cerveau aussi bien dans ses aspects anatomiques et structurels que dans ses aspects fonctionnels et dynamiques.
Publié en Février 2007
Auteur : L. Lechowski - Hôpital Sainte-Périne,  Paris
Références : Alsop DC, Fearing MA, Johnson K, Sperling R, Fong TG, Inouye SK. The role of neuroimaging in elucidating delirium pathophysiology. J Gerontol A Biol Sci Med Sci. 2006;61:1287-1293.