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image description Quels sont les facteurs associés à l’autonomie chez les centenaires ?
Les centenaires, symbole de longévité dans la plupart des sociétés, sont de plus en plus nombreux dans les pays développés et en particulier au Japon où l’on en comptait près de 30 000 à la fin de l’année 2006. De nombreux travaux ont été consacrés à la recherche des facteurs favorisant une telle longévité. Aux prédispositions génétiques s’ajoutent des composantes telles que le mode de vie, des aspects culturels, les traits de caractères mais également l’évolution des systèmes de santé. Malheureusement, nombre de centenaires sont totalement dépendants, et atteindre ou passer le cap des 100 ans n’est pas nécessairement le reflet d’un vieillissement réussi. Face à l’augmentation rapide de la population des super-centenaires, il est intéressant d’essayer de comprendre quels sont les facteurs associés à une préservation des capacités physiques et mentales au grand âge. Les bases de données du ministère de la Santé japonais qui permettent, grâce à un recensement très régulier, d’accéder à l’état de santé des centenaires de l’archipel, fournissent à ce sujet des informations fort précieuses.

Cette étude s’est déroulée entre avril et juin 2000. Le dernier recensement de septembre 1999 avait chiffré le nombre de centenaires à 11 346. Tous les hommes et la moitié des femmes ont été invités à rejoindre cette enquête. Après avoir exclu les adresses incomplètes et les personnes décédées depuis le recensement, seulement 566 hommes et 1341 femmes ont accepté d’y participer. Le niveau de dépendance ainsi que le statut cognitif et psychosocial de chaque sujet ont été évalués sur son lieu de vie, soit en interrogeant directement la personne soit son aidant ou le personnel soignant. Le questionnaire a également permis d’évaluer les capacités visuelles, auditives et masticatoires, l’appétit, le type d’alimentation, le sommeil, les antécédents de chute, les activités physiques et le tabagisme.

L’âge moyen de l’ensemble des participants était de 101,1 ± 1,5 ans, identique pour les hommes et pour les femmes. Le niveau d’indépendance pour les activités de la vie quotidienne évalué selon 7 items (prise de nourriture, incontinence urinaire ou fécale, mobilité, besoin d’aide au transfert, toilette, s’habiller), indique qu’une proportion importante de personnes est restée autonome, allant de 10 à 56%, mais toujours plus élevée chez les hommes que chez les femmes. De même, les performances cognitives évaluées selon les aptitudes à exprimer ses souhaits, à suivre une conversation et à se repérer dans le temps, montre de très bonnes aptitudes chez 23 à 61% des sujets, avec une supériorité à nouveau chez les hommes. Toujours chez les hommes, la bonne humeur était présente chez 72% d’entre eux, 44% étaient satisfaits de leur vie, 59% ne montraient pas d’anxiété face au futur, et 70% avaient de bonnes relations sociales ou avec leur famille. Ce statut psychosocial était significativement moins bon chez les femmes.

Au total, 18,7% des centenaires étaient considérés comme ayant conservé une indépendance pour les activités de la vie quotidienne, 42,3% avaient gardé de bonnes performances cognitives et 30,5% avaient un statut psychosocial satisfaisant. Sur l’ensemble de cette cohorte, 10,4% pouvaient être considéré comme totalement autonome au regard de ces trois critères, soit 18,2% des hommes et 7,2% des femmes. Une préservation de l’autonomie était associée à un faible déclin de l’acuité visuelle (OR = 7,05), une activité physique régulière (OR = 6,06), un réveil spontané à heure régulière le matin (OR = 5,28), au fait de résider à domicile (OR = 3,12), à une conservation des aptitudes masticatoires (OR = 2,71), au fait d’être un homme ( OR = 1,81), de ne pas consommer d’alcool (OR = 1,83), à l’absence d’histoire de chute sérieuse après 95 ans (OR = 1,78), et à la consommation régulière de protéines (OR = 1,55). En revanche, il n’y avait pas de corrélation significative avec l’appétit, la consommation de légumes ou d’algues, l’indice de masse corporelle, l’acuité auditive, le tabagisme ou les pathologies actuelles des sujets.

Cette estimation effectuée sur une cohorte importante de centenaires montre qu’environ 10% des sujets ont gardé une autonomie physique, sociale et intellectuelle. Ces personnes peuvent ainsi être considérées comme un modèle de vieillissement réussi. Ces résultats sont cependant à moduler par le fait que les personnes qui n’ont pas pris part à cette étude étaient sans doute en moins bonne santé que celles qui ont accepté d’y participer. S’il est clair que le mode de vie joue un rôle important dans le vieillissement réussi, il est probable que l’état de santé des centenaires soit surtout le reflet de leur mode de vie tout au long de leur existence plutôt que le résultat d’habitudes récentes.

Principaux facteurs significativement associés à l’autonomie des centenaires.
Publié en Janvier 2007
Auteur : T. Cudennec - Hôpital Ambroise Paré,  Boulogne-Billancourt
Références : Ozaki A, Uchiyama M, Tagaya H, Ohida T, Ogihara R. The japanese centenarian study : autonomy was associated with health practices as well as physical status. J Am Geriatr Soc. 2007;55:95-101.