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image description Quels sont les risques liés à la conduite automobile chez les personnes démentes et qu’en est-il de l’efficacité des stratégies de compensation ?
La population nord-américaine de plus de 65 ans augmentant régulièrement, le nombre de conducteurs âgés croît en parallèle. Les estimations actuelles considèrent que leur nombre va doubler entre 2005 et 2025. La capacité de conduire est liée à une reconnaissance sociale et une autonomie alors que les transports en commun ne sont pas adaptés la plupart du temps aux personnes âgées. Lorsque le permis est retiré, une dépression et d’autres troubles somatiques peuvent survenir. Le problème se pose plus particulièrement chez les personnes présentant des troubles cognitifs, soit environ 8% des plus de 65 ans et 30% des plus de 90 ans. Plusieurs études ont analysé les troubles pouvant interférer avec la conduite, montrant, entre autres, que les stades légers d’altération cognitive n’étaient pas un obstacle à la conduite. Aucune ne s’est intéressée au risque d’accident lié à la démence du conducteur. Ce type d’information pourrait faciliter les décisions médicales ainsi que la mise en place de réglementations.

L’objectif de cette revue de la littérature était de déterminer si les patients atteints de démence avaient un risque d’accident lié à la conduite plus important que ceux qui ne l’étaient pas et s’il existait des méthodes efficaces de compensation des déficits pouvant gêner la conduite.

Une revue systématique de la littérature a été effectuée en utilisant plusieurs bases de données : MEDLINE de janvier 1966 à novembre 2006, Embase, Ageline... Toutes les études retenues étaient de type cas-témoins, ayant déterminé les capacités à la conduite et/ou la prévalence des accidents dans des populations démentes et non démentes.

Au final, 23 études ont été retenues. Leur analyse montre que les conducteurs déments ont de moins bonnes performances au volant que les non déments, que l’évaluation soit faite sur la route (n=16), sur simulateur de conduite (n=4) ou par interrogation de l’aidant. Seulement une étude, qui utilisait une mesure objective des accidents de voiture, a montré que les conducteurs présentant une démence avaient plus d’accidents que ceux n’en souffraient pas. Les méthodes de compensation des troubles qu’utilisaient les patients déments, ou qui leur étaient proposées, étaient : des programmes d’entraînement à la conduite, la présence d’un co-pilote, l’utilisation d’un système de navigation à bord avec avertisseur en cas de risque d’accident imminent, une délivrance restreinte ou conditionnelle du permis, une restriction de conduite imposée par le patient et/ou sa famille, la prescription de médicaments tels les inhibiteurs de cholinestérases supposés améliorer les performances cognitives. Aucune étude n’a cependant examiné l’efficacité réelle de ces méthodes de compensation. De même, aucune enquête n’a examiné le risque d’accident chez les personnes présentant un déficit cognitif léger ou MCI.

Cette revue montre que les patients déments sont de moins bons conducteurs que ceux qui ne le sont pas. Cependant, dans aucune des études citées, le stade de la maladie n’est renseigné, ce qui pose problème. Il est possible d’imaginer un patient présentant un stade léger ou modéré au volant, avec un co-pilote au besoin, mais que penser d’un sujet à un stade sévère de la maladie ?

Cet article avait pour vocation d’aider les professionnels de santé ainsi que les personnes responsables des réglementations dans la prise en charge des patients déments. Il permet juste pour l’instant de confirmer un a priori : les déments conduisent moins bien. La situation ne semble cependant pas catastrophique puisque les statistiques ne montrent pas de différence entre les déments et les non déments dans le nombre d’accidents graves de la route.
Publié en Septembre 2007
Auteur : S. Moulias - Hôpital Ambroise Paré,  Boulogne-Billancourt
Références : Man-Son-Hing M., Marshall SC, Molnar FJ, Wilson KG. Systematic review of driving risk and the efficacy of compensatory strategies in persons with dementia. J Amer Geriatr Soc. 2007;55:878-884.