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image description Rôle du fonctionnement cognitif et du désarroi dans l’idéation suicidaire.

L’avance en âge est un facteur de risque connu de suicide. L’association entre la dépression et l’existence d’une atteinte cognitive, la forte prévalence des troubles cognitifs chez les sujets âgés, ainsi que l’association entre les idées suicidaire et l’existence d’une détérioration cognitive chez des sujets jeunes sont des éléments connus. Peu d’études ont cependant tenté de déterminer s’il existe un lien entre le suicide tardif et l’existence d’une détérioration cognitive. C’était le but de ce travail au cours duquel ont été évalués les éléments prédictifs d’une idéation suicidaire, l’hypothèse étant qu’un désarroi et l’existence d’une détérioration cognitive seraient fortement associés à une tentation suicidaire.

Cette étude américaine multicentrique (9 sites, dont 5 départements de vétérans) a porté sur 15 590 patients, âgés en moyenne de 74,0 ± 6,4 ans, atteints ou non de pathologie mentale. Après analyse, 7,8% des patients souffraient de détérioration cognitive au test d’orientation concentration et mémoire (SOMCT), et 17,9% réunissaient les critères de désarroi reconnu à l’interrogatoire.

Les résultats ont montré que 5,1% des personnes interrogées déclaraient une idéation suicidaire passive, et 0,6% une idéation suicidaire active. Ces taux sont identiques à ceux retrouvés par d’autres études sur des échantillons de patients âgés déprimés. On estime le taux d’idéation suicidaire en population âgée générale à 0,6%. La forte proportion de patients vétérans atteints de nombreuses comorbidités et de pathologies mentales plus fréquentes explique la plus forte prévalence d’idées suicidaire dans cette étude.

Est associée à une idéation suicidaire l’existence d’un désarroi et d’une détérioration cognitive. Les éléments démographiques (âge, sexe, statut marital) en sont peu prédictifs. Il apparaît également que les sujets âgés sont plus prompts à reconnaître des idées suicidaires passives qu’actives.

Il existe certaines limites à cette étude. Tout d’abord, la mise en évidence d’une détérioration cognitive débutante comme facteur de risque d’idéation suicidaire ne précise pas quelles fonctions cognitives sont incriminables. D’autres recherches devraient évaluer le rôle spécifique de certaines fonctions cognitives telles la capacité de planification, le processus décisionnel, l’impulsivité. Le lien statistique présenté, établi pour l’idéation suicidaire, ne l’est pas pour les tentatives de suicides et les suicides réussis. Par ailleurs, l’échantillon interrogé ne peut pas être tenu pour représentatif de la population de même âge, du fait de l’importance du nombre de vétérans chez lesquels la proportion de suicide est connue pour être plus importante. De plus, nous n’avons pas d’informations concernant ceux qui n’ont pas voulu, ou pu, donner leur consentement à l’étude, ni sur le niveau intellectuel antérieur des participants. Il faut également mentionner que l’étude était restreinte aux patients atteints de détérioration légère et modérée.

A ces réserves près, l’étude montre que les éléments cliniques de désarroi et de fonctionnement cognitif sont de bons facteurs prédictifs d’une idéation suicidaire, et que les rechercher en population générale pourrait constituer un premier stade de détection du risque de suicide.

Publié en Octobre 2007
Auteur : S. van Pradelles - Hôpital Sainte-Périne,  Paris
Références :

Ayalon L, Mackin S, Arean PA, Chen H, McDonel Herr EC. The role of cognitive functioning and distress in suicidal ideation in older adults. J Am Geriatr Soc. 2007;55:1090-1094.