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image description Suivre un régime « méditerranéen » et pratiquer une activité sportive permet-il d’éviter la démence ?

Le régime alimentaire appelé traditionnellement « méditerranéen » est caractérisé par une consommation importante de nourriture d’origine végétale, d’huile d’olive comme source de graisse non saturée, de poisson, d’un apport faible à modéré de produits laitiers et de viande, d’une consommation de vin faible à modérée durant les repas. La pratique de ce régime augmenterait l’espérance de vie, réduirait les risques cardiovasculaires et de cancer, ainsi que les atteintes neurodégénératives.

Deux études publiées simultanément se sont intéressées à la relation entre le risque de déclin cognitif et le régime méditerranéen seul ou en association avec une activité physique.

La première de ces études visait à estimer si ce régime était associé à des modifications des performances cognitives et à un moindre risque de développer une démence, de type Alzheimer ou autre.

La population étudiée comportait 1 410 personnes de la région de Bordeaux, âgées de 65 ans ou plus (âge moyen 75,9 ans), sans troubles démentiels et suivies durant une période de 5 ans. Le régime alimentaire des participants était défini par des diététiciens, sa correspondance au régime méditerranéen vérifiée et l’apport en nourritures et calories établi pour chacun. Parallèlement, différents tests permettaient une évaluation des fonctions cognitives et un diagnostic de démence éventuelle : le MMSE (Mini Mental State Evaluation) pour les performances cognitives globales, le IST (Isaacs Set Test) pour la fluidité verbale, le BVRT (Benton Visual Retention Test) pour la mémoire visuelle et le FCSRT (Free and Cued Selective Reminding Test) pour la mémoire verbale épisodique. La suspicion d’une atteinte de démence sur la base de ces tests était confirmée par des examens neurologiques. Durant les 5 années de l’étude, 99 cas de démences ont été détectés et 66 cas de maladie d’Alzheimer. D’autres paramètres ont aussi été pris en compte : les données sociodémographiques, l’état cardiovasculaire, la prise de médicaments, l’état dépressif, la pratique d’un sport, le génotype pour l’ApoE...

Les résultats aux tests des fonctions cognitives ont été mis en rapport avec le degré d’adhésion plus ou moins important au régime méditerranéen, évalué sur une échelle de 0 à 9 en fonction des catégories d’aliments. La population était ainsi divisée en 3 groupes : une adhésion faible (0-3), moyenne (4-5) ou forte (6-9) au régime. Les résultats aux tests étaient comparables dans les 3 groupes au départ. Les performances aux tests MMSE et FCSRT diminuaient d’autant moins que les groupes suivaient plus strictement le régime. Une corrélation inverse entre l’adhésion au régime et les performances cognitives restait toujours présente dans les cas de risque cardiovasculaire. Toutefois, l’incidence des démences n’apparaissait pas liée au régime alimentaire, et l’apparition de démence était corrélée à l’âge et non au type de régime. Ceci pourrait signifier que suivre ce régime, même de façon très limitée, pourrait avoir un effet bénéfique et retarder l’apparition des processus pathologiques. Les performances aux tests IST ou BVRT n’étaient pas modifiées par le régime. On peut sans doute attribuer les bénéfices du régime méditerranéen à ses effets positifs sur le stress oxydatif, l’inflammation et les maladies cardiovasculaires. Cependant, des études complémentaires seraient nécessaires pour valider son action dans le maintien de la qualité des fonctions cognitives.

Dans la même perspective de possibilités de prévention, les auteurs d’une seconde étude ont analysé les bénéfices d’une alimentation de type méditerranéen lorsqu’elle est associée à une activité physique (marche, natation, jogging…) de l’ordre de 1,3 à 4 heures par semaine en fonction de son intensité. La population comportait 1 880 personnes, habitant à New-York, suivies durant 14 ans et dont les habitudes alimentaires et sportives étaient connues. A la fin de l’étude, 282 personnes ont développé une maladie d’Alzheimer. L’analyse statistique a montré que les personnes qui ne surveillaient pas leur alimentation et qui n’avaient pas d’activité physique régulière présentaient un risque de démence de 19%, tandis que les personnes qui respectaient le régime et pratiquaient un sport avaient un risque de 12%.

L’activité sportive ajouterait aux bénéfices du régime une stimulation de la plasticité cérébrale, une activation de l’angiogenèse et de la production des facteurs neurotrophiques, ainsi qu’une diminution des réactions inflammatoires.

Publié en Septembre 2009
Auteur : Ph. van den Bosch de Aguilar - Université Catholique de Louvain,  Louvain-la-Neuve
Références : Féart C, Samieri C, Rondeau V, Amieva H, Portet F, Dartigues J-F, Scarmeas N, Barberger-Gateau P. Adherence to a mediterranean diet, cognitive decline, and risk of dementia. JAMA. 2009;302:638-648.
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