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image description Taux de cholestérol et risque de démence.

Les études pratiquées sur des modèles animaux et des cultures de cellules ont montré qu’un niveau élevé de cholestérol était associé à un dépôt de peptide bêta-amyloïde, l’une des caractéristiques de la maladie d’Alzheimer. En effet, le cholestérol favorise la formation de peptide amyloïde sous une forme non-soluble et son accumulation dans le tissu nerveux. Chez l’homme, des taux élevés de cholestérol associés à des dépôts amyloïdes précoces ont été observés chez des personnes âgées de 40 à 55 ans, mais cette relation est moins marquée chez des sujets plus âgés. Cette association évoluerait donc en fonction de l’âge. En effet, les études épidémiologiques réalisées jusqu’à présent suggèrent que des taux élevés de cholestérol en milieu de vie sont liés à une augmentation du risque de démence mais, qu’à des âges plus avancés, ce risque élevé peut être observé pour des taux faibles de cholestérol ou bien qu’il n’y a aucun lien entre les deux facteurs. Ces données apparaissent donc relativement peu concluantes et l’étude présentée vise à clarifier la relation entre le taux de cholestérol en milieu de vie et la survenue d’une démence sur une population de femmes suivies pendant 32 ans.

La population examinée comprenait 1 462 femmes sans symptôme de démence, âgées de 38 à 60 ans lors de leur inclusion dans l’étude. Les premiers examens ont été réalisés en 1968-69 et les suivis pratiqués en 1974-75, 1980-81, 1992-93 et 2000-01. Les examens comportaient différents tests somatiques (électrocardiogramme, analyses de sang…), psychiatriques (dont le DSM-III), ainsi qu’un relevé des modes de vie potentiellement « à risque » (tabagisme, alcoolisme…).

Au cours des 32 années de suivi, 11% des femmes ont développé une démence. L’analyse différenciée en fonction de l’âge a donné les résultats suivants :

  • Les femmes ayant développé une démence avaient un taux de cholestérol plus élevé que la moyenne (p < 0,01) lors des mesures effectuées en 1968-69, 1974-75 et 1980-81 mais pas lors des examens de 1992-93 ou 2000-01.
  • L’Indice de Masse Corporelle (IMC) des femmes ayant développé une démence était plus faible en 1992-93 et 2000-01 (p < 0,01) que celui des autres femmes.
  • Le taux moyen de cholestérol variait selon l’âge et au cours du temps. En 1968-69 et 1974-75, les femmes nées en 1908 et 1914 avaient un taux moyen significativement plus élevé (p < 0,05) que celles nées en 1930. Il n’y avait pas de différence lors des autres examens, mais dans toutes les cohortes le taux moyen de cholestérol diminuait au cours du temps.

 Lorsque les données étaient analysées de façon plus détaillée, en tenant compte de l’évolution - baisse ou augmentation - du cholestérol entre les visites, les résultats suivants étaient obtenus :

  • Un taux de cholestérol élevé en 1968-69 pourrait être associé - mais sans que la relation soit significative - à une démence ou une maladie d’Alzheimer pour les femmes qui avaient vécu jusqu’en 2000-01.
  • De façon assez paradoxale, une diminution du taux de cholestérol durant la période de suivi multipliait par 2,3 (hazard ratio : 2,35 ; IC à 95% : 1,22-4,58) le risque de démence mais non de maladie d’Alzheimer. Dans ce cas, la pathologie pourrait être associée à d’autres facteurs, comme une diminution de l’IMC ainsi que de la prise de nourriture. 

Il faut souligner que cette étude était exclusivement pratiquée chez des femmes et qu’elle ne tenait pas compte de leur génotype APOE-epsilon4 ni des taux sanguins des différentes lipoprotéines.

Publié en Janvier 2011
Auteur : Ph. van den Bosch de Aguilar - Université Catholique de Louvain,  Louvain-la-Neuve
Références : Mielke MM, Zandi PP, Shao H, Waern M, Östling S, Guo X, Björkelund C, Lissner L, Skoog I, Gustafson DR. The 32-year relationship between cholesterol and dementia from midlife to late life. Neurology. 2010;75:1888-1895.