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image description Traiter l’hypertension artérielle réduit le risque de démence
L’étude Syst-Eur est le résultat d’une collaboration européenne associant 106 centres présents dans 19 pays. Son objectif initial était d’évaluer, en double aveugle contre placebo, les effets d’un traitement chronique de l’hypertension artérielle chez la personne âgée. La population de départ était composée de plus de 3200 personnes. Dans un sous-groupe de 2902 patient, on a évalué les effets du traitement antihypertenseur sur l’incidence des démences.

Ces patients ont été séparés aléatoirement en 2 groupes, témoin et traité, qui comprenaient respectivement 1417 et 1485 individus. L’âge était compris entre 60 et 92 ans, avec une valeur médiane de 68 ans. La pression artérielle systolique mesurée en position assise au début de l’étude était comprise entre 160 et 219 mm Hg, alors que la pression diastolique restait inférieure à 95 mm Hg. Le traitement consistait en l’administration de 10 à 40 mg/jour d’un inhibiteur calcique, la nitrendipine, qui pouvait être associé ou remplacé soit par un inhibiteur de l’enzyme de conversion, l’enalapril, soit par un diurétique thiazidique. L’objectif de ce traitement antihypertenseur était de réduire la pression systolique de 20 mm Hg, ou plus, pour atteindre des niveaux inférieurs à 150 mm Hg.

La présence de déficit cognitif dans cette population était évaluée au début de l’étude à l’aide du MMSE (Mini-Mental State Examination). La réévaluation de ce test était annuelle. Si le score était inférieur à 23, ou si le comportement du patient ou les plaintes de la famille le justifiaient, un diagnostic de démence était établi à l’aide du DSM-II-R (Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders, Revised Third Edition). Si ce diagnostic de démence était confirmé, des examens complémentaires, qui pouvaient inclure l’imagerie cérébrale, étaient réalisés afin de classer cette démence en vasculaire ou d’origine neurodégénérative.

Sur une période de 2,8 à 5,6 ans (médiane 3,8 ans), 64 cas de démence ont été répertoriés chez 12 hommes et 52 femmes dont l’âge médian était de 79 ans. Parmi ces démences, 41 correspondaient à une maladie d’Alzheimer probable et 19 à une démence vasculaire ou mixte. Quarante trois patients provenaient du groupe témoin et les 21 autres du groupe traité. L’incidence des démences était ainsi réduite de 55% par le traitement chronique de l’hypertension. Cette différence d’incidence cumulative était d’autant plus marquée que la durée du suivi était importante, et concernait aussi bien les maladies d’Alzheimer que les démences supposées vasculaires ou mixtes. La projection à 5 ans montre qu’un traitement hypotenseur préviendrait 20 nouveaux cas de démence pour 1000 patients.

Ces nouveaux résultats de l’étude Syst-Eur confirment et étendent les premières données obtenues sur une période de 2 ans, et qui concernaient 32 cas de démence. Ils mettent aussi en évidence une corrélation entre le risque de démence et le niveau de base de la pression artérielle, ainsi qu’une relation inverse avec le niveau d’éducation. La comparaison des résultats de l’étude Syst-Eur avec ceux provenant d’essais thérapeutiques réalisés avec d’autres molécules hypotensives suggère que, pour un abaissement tensionnel identique, les inhibiteurs de canaux calciques pourraient être particulièrement efficaces dans la prévention des démences d’origine vasculaire ou neurodégénérative.
  Groupe témoin Groupe traité total
Nombre initial de patients 1417 1485 2902
Maladie d’Alzheimer 29 12 41
Démences vasculaires ou mixtes 12 7 19
Démences d’origine inconnue 2 2 4
Publié en Octobre 2002
Auteur : T. Cudennec - Hôpital Ambroise Paré,  Boulogne-Billancourt
Références : Forette F, Seux ML, Staessen JA, Thijs L, Babarskiene MR, Babeneau S. et al. The prevention of dementia with antihypertensive treatment. Arch. Intern. Med. 2002; 162: 2046-2052.