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image description Un complément alimentaire comme la gelée royale peut-il avoir un impact sur la longévité ?
De nombreux compléments alimentaires dont la vertu majeure serait de lutter contre les effets du vieillissement sont actuellement disponibles sur le marché. L’argumentaire qui sous-tend l’utilisation de tels produits se base souvent sur des travaux expérimentaux ou des enquêtes épidémiologiques montrant les effets bénéfiques de tel ou tel oligoélément, vitamine ou composé organique comme les polyphénols qu’ils contiennent. Rares sont toutefois les études bien construites qui démontrent clairement les effets d’une supplémentation alimentaire sur la longévité. Chez l’homme la preuve est difficile à établir car il faudrait comparer un groupe témoin à un groupe expérimental prenant de façon régulière un supplément durant un grand nombre d’années. Chez l’animal, en revanche, la démonstration peut paraître plus facile à faire, surtout lorsqu’on utilise des espèces dont la durée de vie est courte. C’est le cas en particulier pour la mouche drosophile ou le ver Caenorhabditis elegans qui ne vivent que quelques semaines. C’est encore possible pour des rongeurs, rats ou souris, dont la durée de vie moyenne varie entre 2 et 3 ans et dont on peut contrôler l’alimentation durant toute leur existence.

Parmi les suppléments alimentaires souvent mentionnés comme susceptibles de lutter contre le vieillissement, on rencontre fréquemment la gelée royale. Fabriquée par les abeilles, elle sert à nourrir leur reine, laquelle a la charge de la reproduction de la colonie. Or chez les abeilles, si les ouvrières ont une espérance de vie relativement courte de l’ordre de 20 à 40 jours pour les abeilles d’été, et de 150 à 240 jours pour les abeilles d’hiver, les reines peuvent vivre plusieurs années. Cette observation très ancienne laisse à penser que la gelée royale comprendrait des principes actifs susceptibles de prolonger la durée de vie, peut-être des abeilles, et pourquoi pas celle d’autres espèces. La question mérite d’être posée notamment au vu des nombreux composés organiques originaux présents dans la gelée royale. Plusieurs effets pharmacologiques leur ont déjà été attribués comme une activité anti-tumorale, anti-inflammatoire, vasodilatatrice, hypotensive ou antiallergique.

Forts de ces observations et des vertus qui sont attribuées à la gelée royale dans la tradition orientale, une équipe de chercheurs japonais du Fujisaki Institute a testé son effet sur l’espérance de vie et les lésions oxydatives de l’ADN chez des rongeurs de laboratoire. Des souris mâles de la souche CH/HeJ ont été maintenues dans une animalerie conventionnelle durant 3 ans. De la gelée royale en provenance de la région de Sao-Polo au Brésil a été ajoutée dans l’alimentation des animaux à trois concentrations différentes, 5, 50 et 500 ppm (partie par million). Ces apports correspondaient à une consommation de 0,6, 6 et 60 mg/kg/jour. Aucune différence n’a été notée concernant la quantité de nourriture ingérée, la courbe de croissance ou l’apparence entre les animaux selon qu’ils étaient ou non supplémentés. Les lésions de l’ADN liées au stress oxydatif ont été déterminées à partir de la concentration tissulaire de 8-hydroxy-2-deoxyguanosine (8-OHdG). Celle-ci était diminuée dans le rein des souris recevant 50 ou 500 ppm de gelée royale par rapport au groupe témoin, mais restait inchangée dans le cœur et le foie.

Les animaux supplémentés avec 5, 50 ou 500 ppm de gelée royale avaient la même durée de vie maximale que les témoins, soit 135 à 145 semaines. En revanche, l’espérance de vie moyenne des souris recevant 50 ou 500 ppm de gelée était supérieure de 25% à celle du groupe témoin, soit respectivement 112, 110 et 88 semaines. Les auteurs en concluent que la gelée royale prise à des doses de 6 ou 60 mg/kg/jour durant toute la vie est susceptible d’allonger l’espérance de vie des rongeurs, peut-être en agissant sur le contrôle de l’oxydation de l’ADN.

Ces résultats, très provocants, mériteraient certainement d’être confirmés sur d’autres souches de souris ou d’autres espèces de rongeurs pour juger de leur portée réelle. En attendant, ils ont le mérite d’encourager un comportement alimentaire qui présente peu de risque même si ses effets sur l’homme restent encore très spéculatifs en terme de longévité.
Survie des souris témoins ou supplémentées en gelée royale à 3 concentrations différentes. Les résultats sont donnés en % de la population initiale.
  Témoin 0,6 mg/kg/j 6 mg/kg/j 60 mg/kg/j
Semaine 25 100 90 100 100
Semaine 50 80 60 100 100
Semaine 75 60 60 100 90
Semaine 100 30 35 80 80
Semaine 125 15 15 35 35
Semaine 150 0 0 0 0
Publié en Octobre 2003
Auteur : B. Corman - , 
Références : Inoue S, Koya-Miyata S, Ushio S, Iwaki K, Ikeda M, Kurimoto M. Royal Jelly prolongs the life span of C3H/HeJ mice: correlation with reduced DNA damage. Exp Gerontol. 2003; 38: 965-9.