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image description Un éclairage approprié pourrait améliorer la qualité du sommeil des personnes âgées atteintes de démence
Parmi les modifications du sommeil liées à l’âge, les plus fréquentes sont probablement le temps mis à s’endormir, la fréquence du réveil très matinal, un sommeil plus léger et plus fragmenté. Ces perturbations sont aussi présentes chez les patients déments et s’accompagnent de troubles du cycle veille sommeil. Dans le cas de la maladie d’Alzheimer, il est possible que ces altérations soient liées à la perte de neurones dans les noyaux supra chiasmatiques responsables du contrôle de l’horloge biologique. Ces altérations sont aussi associées, chez ces patients, à des modifications de la régulation de la température corporelle et de la sécrétion de mélatonine. De plus, les personnes atteintes de démence sont souvent isolées socialement et ont une moindre exposition à la lumière du jour. A cela peuvent s’ajouter des atteintes oculaires dont une des conséquences sera une réduction de la stimulation des cellules sensibles à la lumière responsables des rythmes circadiens.

La photothérapie, prescription de séances d’éclairage intense, dans certaines formes de dépression est bien connue. Son application à la maladie d’Alzheimer, bien que souvent suggérée, n’a pas encore été bien évaluée. On peut imaginer que ce traitement puisse améliorer la qualité des cycles veille sommeil des déments, réduire leur consommation de somnifères, améliorer leurs performances cognitives ou atténuer les symptômes dépressifs. L’exposition à une lumière intense pendant 30 minutes peut toutefois sembler difficilement applicable à ces patients. En revanche, moduler l’intensité de la lumière ambiante afin de simuler les variations de lumière naturelle caractéristiques de l’aurore ou du crépuscule serait plus simple à mettre en œuvre. Cette stratégie a déjà été utilisée avec succès pour le traitement de certaines dépressions saisonnières et pourrait avantageusement s’appliquer aux personnes atteintes de démence.

Ce protocole a été testé par une équipe suisse chez des patients hospitalisés présentant des stades divers de démence. Le rythme veille sommeil ainsi que l’activité physique des sujets ont été suivis à l’aide d’un actimètre. Cet appareil se présente sous forme d’un boîtier électronique de petite taille, assimilable à un bracelet montre. Il mesure et intègre les mouvements de la personne avec une fréquence réglable de la seconde à la minute. Il peut être aussi couplé à un détecteur de lumière. Il se porte au poignet, n’occasionne aucune gêne pour son utilisateur et peut être gardé pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Cette méthode d’investigation non invasive, qui évalue l’activité motrice, est bien tolérée par les sujets.

Treize personnes âgées en moyenne de 85 ans qui avaient des troubles du sommeil et des symptômes de démences ont été enrôlées dans cette étude. Un éclairage d’intensité progressive, croissante le matin et décroissante le soir, était programmé pour simuler les variations de lumière naturelle au chevet des patients durant 3 semaines consécutives. A l’aide de l’actimètre, des mesures ont été réalisées sur une période de 9 semaines, avant, pendant et après la phase expérimentale. Les résultats montrent que ni l’activité totale de la journée, ni l’heure à laquelle les sujets se mettent au lit ou se lèvent n’a été modifiée par l’éclairage évalué. Bien que les effectifs soient modestes dans cette étude, la comparaison des groupes traité et témoin a permis de mettre en évidence plusieurs tendances. Les sujets soumis à un éclairage progressif s’endorment plus vite et bougent moins la nuit. La durée totale du sommeil calculée à partir de la différence entre l’heure de l’endormissement et le réveil, incluant ou non les épisodes d’éveils nocturnes, était plus longue dans le groupe traité. Ces effets positifs quantitatifs et qualitatifs duraient le temps de l’expérimentation et disparaissaient lorsque le protocole d’éclairage progressif était suspendu.

Ces expériences semblent indiquer que la simulation d’un éclairage naturel mimant les phases de crépuscule et d’aurore améliore le sommeil des patients institutionnalisés atteints de démences, principalement en réduisant la durée de l’endormissement. Ces données semblent toutefois concerner certains patients plutôt que d’autres, sans que des paramètres ophtalmologiques ne puissent rendre compte de ces différences. Tout en reconnaissant le côté préliminaire de cette étude qui ne concernait qu’un nombre limité de personnes, les auteurs pensent que ces résultats encourageants obtenus après seulement 3 semaines de traitement pourraient avoir une large application.
  Paramètres du sommeil déterminés avec un actimètre
(valeurs moyennes obtenues sur 9 sujets)
  Avant traitement Pendant le traitement
Temps passé au lit 12h59 12h40
Heure du début du sommeil 19h02 20h17
Heure de fin du sommeil 8h01 7h57
Temps mis à s’endormir 43 min 22 min
Publié en Janvier 2003
Auteur : L. Teillet - Hôpital Sainte-Périne,  Paris
Références : P. Fontana Gasio, K. Krauchi, C. Cajochen, E. van Someren, I. Amrhein, M. Pache, E. Savaskan and A. Wirz-Justice. Dawn-dusk simulation light therapy of disturbed circadian rest-activity cycles in demented elderly. Exp Gerontol, 2003; 38: 207