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image description Un faible débit expiratoire est annonciateur d’une perte d’autonomie et de décès.

La mesure du débit expiratoire de pointe ou peak expiratory flow (PEF) permet d’apprécier de manière simple et peu coûteuse la fonction pulmonaire. Nombre d’études ont déjà montré que ce paramètre était associé à l’état de santé physique et mental des personnes âgées à un instant donné mais était aussi prédictif d’un déclin éventuel sur le long terme. Toutefois, il est bien difficile d’extrapoler ces résultats à la population générale dans la mesure où une standardisation des mesures semble avoir été peu souvent respectée. De surcroît, les valeurs de référence dans la population âgée restent mal connues. L’objectif de cette étude prospective était donc de pallier aux faiblesses des travaux antérieurs.

Une cohorte de 754 participants de plus de 70 ans (moyenne d’âge 78,4 ± 5,3 ans, 65% de femmes) vivant au domicile et ne présentant pas de dépendance, a été constituée. Lors de l’entrée dans l’étude, tous les sujets ont bénéficié, à domicile, d’un examen clinique détaillé incluant une recherche d’éventuelles affections pulmonaires ainsi que d’une évaluation des performances cognitives. Leur PEF a été mesuré à trois reprises à cette occasion. La valeur la plus élevée a été retenue et exprimée en « valeur de résidu standardisé » correspondant à la [(valeur mesurée – valeur population de référence)/déviation standard des valeurs résiduelles]. La valeur de référence était obtenue à partir d’un sous-groupe de sujets de même âge, indemnes de toute pathologie pouvant avoir un impact sur la fonction respiratoire. Un suivi mensuel de l’évolution des aptitudes physiques des participants a été effectué sur 5 ans.

Dans l’ensemble de cette cohorte, 65% des participants étaient fumeurs ou d’anciens fumeurs, 17% souffraient d’affections respiratoires chroniques, 55% étaient hypertendus, 9% avaient fait un accident vasculaire cérébral et 6% avaient une insuffisance cardiaque congestive. Globalement, les valeurs du PEF étaient légèrement plus faibles chez les non fumeurs que chez les fumeurs. Chez ces derniers, 26% avaient un PEF (exprimé en terme de résidu standardisé) < 10ème percentile. Un état de dépendance permanente vis-à-vis des activités de la vie quotidienne et une perte de mobilité sont apparus respectivement chez 42% et 35% des participants. Près de la moitié des 176 décès enregistrés étaient d’origine cardiovasculaire. Une association hautement significative était retrouvée entre le niveau du PEF initial et la survenue de chacune de ces 3 complications. Après ajustement sur les principaux facteurs de confusion tels que le tabagisme, l’âge et les affections pulmonaires chroniques, le risque de dépendance pour les activités de la vie quotidienne, le risque de perte de mobilité comme le risque de décès, étaient pratiquement doublés chez les sujets qui avaient un PEF < 10ème percentile pour le résidu standardisé.

Cette étude confirme que le débit expiratoire de pointe, lorsqu’il est exprimé sous forme de résidu standardisé, est associé à une probabilité de dépendance et de décès. Ces résultats plaident en faveur d’une utilisation plus large de cet outil très simple et peu coûteux pour le dépistage du risque de déclin fonctionnel chez les personnes âgées.


Risque de dépendance et de décès au cours des 5 années de suivi en fonction du niveau du PEF initial. Les sujets qui au départ avaient une mobilité limitée ont été exclus de l’analyse. Résultats exprimés en hazard ratio et IC à 95%.

Publié en Juillet 2008
Auteur : L. Teillet - Hôpital Sainte-Périne,  Paris
Références : Vaz Fragoso CA, Gahbauer EA, Van Ness PH, Concato J, Gill TM. Peak expiratory flow as a predictor of subsequent disability and death in community-living older persons. J Am Geriatr Soc. 2008;56:1014-1020.