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image description Un régime pauvre en glucides peut être néfaste s’il est basé sur des apports protéiques d’origine à dominante animale.

Les régimes hypocaloriques pauvres en glucides, destinés à perdre du poids, à améliorer le profil lipidique et les niveaux de pression artérielle, sont l’objet d’un certain engouement. Ces régimes peuvent être classés en 2 types principaux : ceux dont les protéines et les graisses sont essentiellement d’origine végétale et ceux dont ces nutriments sont d’origine surtout animale. Bien qu’il existe peu d’informations sur les effets à long terme de ce type d’alimentation, des données obtenues à partir d’études épidémiologiques jettent quelques doutes sur leur innocuité.
Deux cohortes de professionnels de santé nord-américains, la Nurses’Health Study et la Health Professionals’ Follow-up Study ont permis de mieux appréhender les effets de ces régimes alimentaires. La première cohorte était constituée au départ de 121 700 infirmières, âgées de 30 à 55 ans en 1976. Des questionnaires de santé et d’habitudes alimentaires leur ont été adressés en 1980, 1984, puis 1986, 1990, 1994, 1998 et 2002. La seconde cohorte comprenait 51 529 professionnels de santé de sexe masculin, âgés de 40 à 75 ans en 1986 lors de sa constitution. Des questionnaires de santé leur étaient envoyés tous les 2 ans et d’habitudes alimentaires tous les 4 ans. Le taux de retour de ces questionnaires était supérieur à 90% pour les 2 cohortes étudiées. Après exclusion des sujets qui avaient une histoire de cancer, de cardiopathie ou de diabète lors de l’inclusion, ce sont deux cohortes de 85 168 femmes et de 44 548 hommes qui ont pu être ainsi suivies pendant 26 ans et 20 ans, respectivement. Un score permettant de quantifier les apports nutritionnels en graisses, protéines et glucides a été établi en faisant une distinction entre un régime pauvre en glucides basé sur des protéines et graisses d’origine végétale et un régime pauvre en glucides basé sur des protéines et des graisses d’origine animale.
Dans la cohorte des infirmières, 12 555 décès, dont 2 458 d’origine cardiovasculaire et 5 780 de cancers ont été recensés. Dans la seconde cohorte, 8 678 décès, dont 2 746 d’origine cardiovasculaire et 2 960 par cancer, ont été dénombrés. Les participants qui avaient un régime pauvre en glucides avec une consommation préférentielle de protéines et de graisses animales, étaient ceux qui avaient l’indice de masse corporelle le plus élevé. De plus, après ajustement sur les divers facteurs de confusion, le risque de mortalité globale était augmenté de 23% chez ceux qui consommaient le plus de protéines ou de graisses animales, alors qu’il diminuait de 20% chez celles qui consommaient surtout des protéines et graisses d’origine végétale. Il en allait de même pour la mortalité cardiovasculaire avec une majoration du risque de 14% d’un côté et une diminution de 23% de l’autre.
En ce qui concernait la mortalité par cancer, une augmentation de 45% du risque était observée essentiellement chez les hommes qui avaient un régime carné. Chez les hommes comme chez les femmes, les régimes pauvres en glucides étaient associés à une augmentation de 31% et de 22% du risque de cancer colorectal et de cancer du poumon, respectivement. En revanche, un régime pauvre en glucides et dont les graisses et protéines étaient essentiellement d’origine végétale n’augmentait pas le risque de cancer. Une analyse plus fine des données a montré que les effets négatifs du régime carné étaient proportionnels aux apports relatifs en produits d’origine animale.
Cette étude de cohorte avec un suivi compris entre 20 et 26 ans démontre toute l’importance de l’origine des protéines et des graisses dans la composition d’un régime alimentaire. Ces données vont dans le sens d’observations antérieures effectuées soit sur de courtes durées, soit sur des cohortes plus jeunes ou de taille plus réduite. Bien plus que le contenu en glucides, c’est probablement la composition en acides aminés, la teneur en lipides insaturés, en fibres, en vitamines, micronutriments et autres molécules phytochimiques, qui serait à l’origine des différences entre les 2 types d’alimentation. Autrement dit, les effets bénéfiques éventuels d’un régime pauvre en glucides dépendent essentiellement de l’origine des protéines et des lipides, animale ou végétale.

Type de régime alimentaire hypoglucidique

Hazard ratio
(IC à 95%)

Risque global de mortalité cardiovasculaire

Régime d’origine animale

1,14 (1,01-1,29)

Régime d’origine végétale

0,77 (0,68-0,87)

Risque global de mortalité par cancer

Régime d’origine animale

1,28 (1,02-1,60)

Régime d’origine végétale

0,96 (0,87-1,05)

Risque de mortalité chez les personnes qui avaient un régime pauvre en glucides soit essentiellement carné, soit essentiellement végétarien.

Publié en Septembre 2010
Auteur : L. Teillet - Hôpital Sainte-Périne,  Paris
Références : Fung TT, van Dam RM, Hankinson SE, Stampfer M, Willett WC, Hu FB. Low-carbohydrate diets and all-cause and cause-specific mortality. Two cohorts studies. Ann Intern Med. 2010;153:289-298.