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image description Un syndrome confusionnel est un facteur prédictif de la mortalité dans les 12 mois qui suivent une hospitalisation
Chez le sujet âgé hospitalisé en situation aiguë, la survenue d'un syndrome confusionnel, ou delirium pour les auteurs anglo-saxons, est une éventualité presque banale. C'est aussi un élément de mauvais pronostic, source de prolongation de l'hospitalisation, de perte d'autonomie, de nécessité de recours ultérieur à l'institutionnalisation, et associé à une mortalité plus élevée. Toutes les études épidémiologiques n'ont cependant pas conforté ces résultats, en particulier celles concernant la mortalité, à moyen ou long terme, des patients confus. Ces travaux souffraient souvent de limitations méthodologiques, avec de petits échantillons, un suivi limité dans le temps, un mauvais contrôle des biais potentiels comme l'existence d'une démence avérée, de comorbidités, ou comme la sévérité de la maladie ou du syndrome qui nécessitaient initialement l'hospitalisation. De surcroît, dans ces travaux, on savait rarement si la confusion était prévalente, diagnostiquée dès l'admission et alors dépendant sans doute de facteurs préalables, ou si elle était incidente, survenant durant l'hospitalisation, et alors risquant d'être liée à tel ou tel aspect des soins. Enfin, parallèlement, peu de choses sont connus quant aux différences des effets de la confusion chez des patients qui ont déjà une démence reconnue et ceux qui ne l'ont pas.

Un groupe de psychiatres et d'épidémiologistes de Montréal a donc légitimement voulu répondre à la question du pronostic vital de sujets âgés hospitalisés à la suite d'un problème médical, et qui ont un syndrome confusionnel. Ce travail prospectif a été conduit dans un hôpital de 400 lits chez des patients admis par le service des urgences. Il a comparé à 6 et 12 mois le devenir de cohortes de patients de plus de 65 ans, l'une avec un syndrome confusionnel, l'autre sans. Les principales caractéristiques de ces patients sont données dans le tableau.

Sur 1552 patients potentiels, 243 confus et 118 contrôles ont été inclus dans l'étude. Chez 19 cas et 20 témoins, l'existence préalable d'une démence ne pouvait être ni affirmée ni infirmée. Lors du suivi, 42% des cas et 14% des témoins sont morts: l'association confusion-mortalité était donc forte avec un risque relatif supérieur à 3,4 et un intervalle de confiance à 95% compris entre 2,05 et 5,75. Après ajustement sur les autres facteurs supposés de mortalité, ce risque restait encore près de 2 fois plus élevé chez les patients confus. Il existait enfin une interaction franche entre confusion et démence : sur le plan vital, le syndrome confusionnel représentait un facteur de particulièrement mauvais pronostic pour les patients qui n'avaient pas de démence reconnue ni diagnostiquée jusque là.

Pour les auteurs de ce travail, ces résultats soulignent l'importance pronostique du syndrome confusionnel, en particulier chez des patients non identifiés comme déments, et devraient avoir des implications pour les soins et les futurs travaux de recherche. Le point le plus important reste sans doute de détecter rapidement et sans erreur la survenue de ces syndromes dès qu'ils apparaissent, ce qui n'est pas toujours le cas, au Canada, comme dans bien d'autres pays occidentaux.
Principales caractéristiques des malades suivis
  Confusion Témoins Valeur de p
Nombre de patients 243 118  
Age > 85 ans 115 (47%) 54 (46%) 0,65
Sexe féminin 147 (61%) 86 (73%) 0,02
Mode de vie
  o célibataire
  o marié
  o veuf, divorcé ou séparé

30 (12%)
78 (32%)
134 (55%)

19 (16%)
26 (22%)
72 (62%)
0,13
Résidence
  o maison, seul
  o maison, avec des cohabitants
  o maison de retraite
  o hébergement médicalisé

76 (31%)
102 (42%)
36 (15%)
28 (12%)

46 (39%)
34 (29%)
30 (25%)
8 (7%)
0,01
Service d'hospitalisation
  o médecine
  o gériatrie

170 (70%)
73 (30%)

68 (58%)
50 (42%)
0,02
Score de sévérité de la maladie
  o 1-2 (maladie bénigne)
  o 3-4
  o 5
  o 6-7
  o 8-9 (maladie grave)

5 (2%)
66 (27%)
58 (24%)
99 (41%)
15 (6%)

18 (15%)
72 (61%)
15 (13%)
12 (10%)
1 (1%)
0,001
Score du MMS 14,8 ± 7,3 21,7 ± 5,2 < 0,001
Publié en Mars 2002
Auteur : L. Teillet - Hôpital Sainte-Périne,  Paris
Références : McCusker J, Cole M, Abrahamowicz M, Primeau F, Belzile E. Delirium predicts 12-month mortality. Arch Intern Med 2002 162: 457-463.