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image description Une altération, même faible, de l’hématocrite augmente le risque de complications majeures après une intervention chirurgicale chez les plus de 65 ans.
Les altérations de l’hématocrite, fréquemment observées chez les patients âgés, sont généralement considérées comme un facteur de complication dans les suites d’une intervention chirurgicale. Cependant, il ne semble pas y avoir de consensus en ce qui concerne les valeurs seuils au-delà desquelles le risque devient réel, en particulier pour la polyglobulie. Une vaste étude rétrospective a été entreprise pour évaluer dans un premier temps la prévalence de l’anémie et de la polyglobulie, puis, dans un second temps, leurs conséquences en post-opératoire chez des seniors ayant subit une intervention majeure non cardiaque.

Cette enquête a été réalisée à partir de données collectées dans 112 hôpitaux répartis sur tout le territoire américain et affiliés à la Veterans Health Administration dans le cadre d’un programme d’amélioration de la prise en charge chirurgicale des patients. Au total, 310 311 participants, presque exclusivement des hommes, ayant subi une intervention chirurgicale non cardiaque, ont été inclus dans cette étude. Une mesure de l’hématocrite avait été effectuée au cours des 4 semaines précédant l’opération pour 79% d’entre eux et dans les 3 mois pour 99% des sujets. De manière conventionnelle, une anémie était définie par une valeur d’hématocrite ≤ 39% et une polyglobulie au delà de 54%. La mortalité ainsi que les complications cardiaques survenues au cours des 30 jours suivant l’intervention ont été répertoriées.

Sur la base des définitions conventionnelles, 42,8% des patients étaient anémiés avant l’opération et 0,2% avaient une polyglobulie. Les sujets de la première catégorie étaient un peu plus âgés (74,3 ± 5,9 ans en moyenne), souffraient de pathologies plus lourdes et étaient plus dépendants que les personnes non anémiques (âge moyen 72,7 ± 5,4 ans). Ceux qui avaient une polyglobulie étaient plus souvent des fumeurs et buvaient plus de 2 verres d’alcool par jour. La mortalité globale était de 3,9% et les complications cardiaques ont concerné 1,8% des patients. La survie à un mois était optimale pour un hématocrite compris entre 45,0 et 47,9%, fourchette de valeurs qui a été considérée comme référence pour la suite de l’analyse des données. La fréquence des complications augmentait de façon régulière de part et d’autre de ces valeurs avec un risque de décès multiplié par 2,42 pour un hématocrite < 18% et par 1,55 à partir de 54%.

Sur la base de la définition conventionnelle de l’anémie et de la polyglobulie, toute déviation de 1% de la valeur de l’hématocrite était associée à une augmentation de 1,6% du risque de mortalité à 30 jours. Ainsi, un hématocrite à 30% se traduisait par un risque accru de décès de 14,4%. C’est en cas de chirurgie orthopédique que le risque de mortalité était le plus fort, suivi de la chirurgie thoracique, puis générale, puis vasculaire périphérique. Un âge de plus de 75 ans majorait également le risque de décès.

Ainsi, chez la personne âgée, même de faibles altérations de l’hématocrite sont associées à une augmentation significative de mortalité et d’incidents cardiaques dans le mois qui suit une intervention chirurgicale, quel qu’en soit le type. Dans la mesure où il s’agissait d’une étude d’observation, il serait important à présent d’évaluer l’impact de la correction de ces anomalies de l’hématocrite avant l’intervention sur l’incidence des complications dans la période post-opératoire.

Caractéristiques résumées des patients en fonction de l’hématocrite avant l’intervention.
Publié en Juin 2007
Auteur : T. Cudennec - Hôpital Ambroise Paré,  Boulogne-Billancourt
Références : Wu, W-C, Schifftner TL, Henderson WG, Eaton CB, Poses RM, Uttley, G, Sharma SC, Vezeridis M, Khuri SF, Friedmann PD. Preoperative hematocrit levels and postoperative outcomes in older patients undergoing noncardiac surgery. JAMA.2007;