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image description Une augmentation de longévité est-elle nécessairement associée à une réduction de vitalité ou de fécondité ?
La longévité semble, a priori, être une caractéristique propre à chaque espèce. Si cette donnée est considérée comme acquise par l’essentiel de la communauté scientifique, certains auteurs pensent néanmoins que la durée de vie des mammifères, et de l’homme en particulier, pourrait être allongée. Plusieurs expériences de génétique réalisées ces dernières années sont venues appuyer cette hypothèse. La longévité de différents organismes a en effet pu être augmentée d’un facteur 2 ou 3 en réprimant tel ou tel gène lié au métabolisme énergétique, aux mécanismes d’oxydation ou au récepteur de l’insuline. Ces résultats ont essentiellement été obtenus sur des modèles d’invertébrés comme la mouche drosophile ou le vers Caenorhabditis elegans. D’autres résultats ont aussi été obtenus chez la souris.

Bien souvent, ces gains de longévité étaient liés à une baisse de plusieurs fonctions physiologiques comme l’activité métabolique, la vitalité ou la capacité reproductive. Ce prix à payer limitait bien entendu la portée de ces découvertes. Cette balance entre longévité et activité métabolique au sens large a été récemment explorée par plusieurs investigateurs. Une équipe américaine vient en particulier d’apporter des éléments nouveaux dans cette controverse en utilisant comme modèle la mouche drosophile porteuse de la mutation Indy.

La mutation Indy touche le transport des produits intermédiaires du cycle de Krebs dans l’intestin, organe qui chez la drosophile est impliqué non seulement dans l’absorption et le métabolisme des aliments mais aussi dans le stockage énergétique. Les animaux porteurs de cette mutation vivent en moyenne deux fois plus longtemps que les témoins, la différence de longévité étant due à un changement dans la pente de la courbe de survie plus que dans le recul de l’âge des premiers décès. Leur activité métabolique a été mesurée à partir de leur consommation d’O2 et aucune différence n’a pu être mise en évidence entre les animaux témoins et ceux porteurs de la mutation Indy, quel que soit l’âge des animaux. La vitesse maximale de vol a été déterminée sur des enregistrements vidéo. Là encore, aucune différence n’a pu être détectée entre les lignées de drosophiles ayant une durée de vie allongée et les animaux témoins.

L’analyse de la fécondité appréciée à partir du nombre d’œufs produits par les femelles indique que les mutants Indy ont une capacité reproductive plus élevée que les témoins durant les 25 premiers jours de vie, et que leur période de fécondité est également plus longue. Les mêmes résultats ont été obtenus en suivant le nombre de naissances, confirmant la fécondité accrue des mutants Indy. En revanche, lors d’une réduction expérimentale des apports alimentaires, c’est la fécondité des mouches drosophiles témoins qui était plus forte que celles des mutants.

Ces données montrent que la longévité d’une espèce comme Melanogaster drosophila peut être augmentée par une mutation sur un transporteur intestinal sans altération de leur activité métabolique, leur vitesse de vol ou leur capacité reproductive. Néanmoins, cet avantage dans la durée de vie sans perte de vitalité ne se vérifie que si les apports nutritionnels sont suffisants. Dans une situation de pénurie alimentaire, l’avantage de longévité est alors compensé par une diminution de la fécondité.
  Témoins Mutants Indy
Nombre d’œufs sur une vie    
Apports caloriques élevés 1000 1300
Restriction calorique 600 450
Nombre de naissances sur une vie    
Apports caloriques élevés 700 1100
Restriction calorique 500 400
Publié en Avril 2003
Auteur : B. Corman - , 
Références : Marden JH, Rogina B, Montooth KL, Helfand SL Conditional tradeoffs between aging and organismal performance of Indy long-lived mutant flies. Proc Natl Acad Sci USA 2003, 100: 3369-3373