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image description Une consommation modérée d’alcool est-elle associée à une incidence réduite des démences?
L'identification de facteurs de risque de démence sur lesquels on peut agir est une voie de recherche importante. Les facteurs de risques cardiovasculaires sont associés à une incidence accrue de démences vasculaires et de maladie d’Alzheimer. Par ailleurs, la consommation modérée d’alcool est associée à une diminution du risque de maladies cardiovasculaires. Ces préceptes ont été à l’origine de multiples études concernant les effets d’une consommation modérée d’alcool sur l’incidence des démences vasculaires et de la maladie d’Alzheimer. Certaines études montraient qu’une quantité modérée d’alcool, quelle que soit sa nature, représentait un effet protecteur vis-à-vis de la survenue d’une maladie d’Alzheimer. Cependant, des résultats opposés font de cette question un sujet encore controversé.

Les auteurs ont ici réalisé une large étude prospective s’appuyant sur la cohorte Cardiovascular Health Study comprenant 5888 participants de plus de 65 ans. Une imagerie par résonance magnétique (IRM) cérébrale était systématiquement pratiquée et le diagnostic de démence s’appuyait sur les critères du DSM IV (Diagnostic and Statistical Manual, version 4). La consommation d’alcool était estimée par des évaluations annuelles sous la forme de questionnaires. Ces évaluations consistaient en la mesure du nombre de doses d’alcool bues en une semaine. Une dose correspondait ici à une cannette de 33 cl de bière, un verre de 16 cl de vin ou une dose de liqueur. Afin de déceler une consommation d’alcool modifiée par une éventuelle démence débutante lors de l’évaluation initiale, les habitudes antérieures en terme de consommation d’alcool étaient également évaluées par un interrogatoire.

5046 sujets ont été examinés lors de la visite d’inclusion et parmi ceux-ci, 3660 (72%) ont pu réaliser une IRM cérébrale. Le suivi médian était de 6 ans. Par un modèle de régression logistique, la plus faible incidence de démence concernait le groupe de sujets ayant consommé entre 1 et 6 doses par semaine. La plus forte incidence concernait les sujets consommant plus de 14 doses par semaines. D’autre part, l’abstinence d’alcool était associée à un risque de survenue de démence environ 2 fois supérieur au risque mesuré pour une consommation de 1 à 6 doses par semaine. Lorsque la quantité d’alcool consommée était considérée comme une variable continue, la plus faible incidence correspondait à une consommation de 1,5 dose par semaine. Ainsi, l’incidence des démences en fonction de la consommation d’alcool pouvait être représentée par une courbe en « J ». Cette relation entre consommation d’alcool et incidence de démence concernait aussi bien la maladie d’Alzheimer que les démences vasculaires. La nature de la boisson (vin, bière ou liqueur) ne faisait pas varier de façon significative les relations mises en évidence.

Il est généralement très difficile de réaliser une IRM chez des patients âgés polypathologiques. Or dans cette cohorte, une IRM a pu être réalisée chez la grande majorité des patients. Il est vraisemblable que ces sujets étaient en relative bonne santé à l’inclusion. Les auteurs évoquent donc parmi les limites de l’étude le fait que la généralisation de ces résultats à l’ensemble de la population gériatrique doit être prudente. Ces résultats concordent avec d’autres travaux mettant en évidence un risque maximum de démence en général pour une consommation de plus de 2 verres d’alcool par jour. Cependant, ils renforcent également l’hypothèse selon laquelle une consommation légère à modérée d’alcool a une action protectrice aussi bien pour les démences vasculaires que pour la maladie d’Alzheimer. L’effet protecteur d’une consommation modérée d’alcool vis à vis de ces 2 types de démence pourrait s’expliquer par une action sur la vascularisation cérébrale.
Odds ratio (et intervalles de confiance pour p<0,05) après ajustements pour les cas incidents de démence selon la consommation hebdomadaire moyenne d’alcool.
Consommation d’alcool
(verres par semaine )
jamais <1 1-6 7-13 >13
Toutes démences 1 0,65 (0,41-1,02) 0,46 (0,27-0,77) 0,69 (0,37-1,31) 1,22 (0,60-2,49)
Maladie d’Alzheimer 1 0,59 (0,37-0,94) 0,43 (0,25-0,72) 0,65 (0,35-1,23) 0,95 (0,46-1,96)
Démence vasculaire 1 0,96 (0,49-1,91) 0,60 (0,26-1,37) 0,79 (0,30-2,10) 0,93 (0,29-3,05)
Publié en Avril 2003
Auteur : L. Lechowski - Hôpital Sainte-Périne,  Paris
Références : Mukamal KJ, Kuller LH, Fitzpatrick AL, Longstreth WT Jr, Mittleman MA, Siscovick DS. Prospective study of alcohol consumption and risk of dementia in older adults. JAMA 2003 2003; 289: 1405-1413.