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image description Une dépression peut-elle annoncer une démence ?
Il a été souvent constaté que lors des stades prédémentiels, une dépression ou des symptômes dépressifs pouvaient être présents et ainsi constituer l’un des premiers signes de la maladie d’Alzheimer (MA). Or nous ne savons pas si la survenue d’une dépression ou de symptômes dépressifs peut constituer ou non un facteur de risque plusieurs années avant une MA.

Les auteurs de ce travail ont réalisé une étude cas-témoins à partir de la cohorte « MIRAGE » (Multi-institutional Research in Alzheimer’s Genetic Epidemiology Study) afin d’établir les liens éventuels entre des symptômes dépressifs, et une MA ultérieure. Les patients avaient une MA probable ou, après autopsie, certaine. Ils étaient recrutés par des centres mémoire spécialisés aux Etats-Unis. Les témoins étaient les membres de la famille des patients. 1953 patients et 2093 sujets sans démence ont été inclus dans cette étude. L’essentiel des données était obtenu par un interrogatoire ou l’envoi d’un questionnaire. Les réponses des patients étaient vérifiées par l’interrogatoire de l’entourage. Quant aux sujets sans démence, des questionnaires étaient également distribués aux proches pour augmenter la fiabilité des réponses. Les antécédents de symptômes dépressifs étaient recherchés par la question suivante : « mis à part la réaction normale que l’on peut avoir suite au deuil d’un proche, ou lors d’une maladie, avez vous connu une période de plusieurs semaines ou mois (ou plus longtemps) pendant laquelle vous avez été incapable d’accomplir normalement des activités sociales ou professionnelles, à cause d’une dépression ? ». Une réponse positive signifiait la présence de symptômes dépressifs. Dans ce cas, un questionnaire était envoyé pour renseigner la date du début des troubles dépressifs. L’Apolipoprotéine E a été recherchée chez 1085 patients et 833 sujets non déments.

Parmi les patients, 14,2% avaient eu une dépression tandis que 7,4% des sujets sans démence avaient un tel antécédent. L’Odds Ratio était de 2,08 (intervalle de confiance à 95% : 1,70-2,55) entre symptômes dépressifs et MA. L’étude de la durée séparant l’épisode dépressif du début de la MA montrait que les 2 maladies étaient liées pour des intervalles de 25 ans ou plus. Lorsque l’analyse tenait compte de la présence ou non de l’Apolipoprotéine E epsilon4, du niveau d’éducation, de l’antécédent éventuel d’un trauma crânien, du sexe et de l’origine ethnique du malade, la relation restait significative. Il n’y avait pas d’association entre l’existence d’une dépression et l’Apolipoprotéine E.

Cette étude met en évidence une association entre symptômes dépressifs et survenue d’une MA. La méthode utilisée par les auteurs pour rechercher ces symptômes dépressifs au moyen d’une simple question, avec vérification par l’entourage, n’est ni validée ni standardisée. Toutefois, les auteurs ont considéré que des méthodes similaires déjà employées, basées sur une unique question, s’étaient montrées fiables. La présence de symptômes dépressifs n’a par contre probablement pas la même signification qu’une dépression. En effet, lorsque l’intervalle entre le début des symptômes dépressifs et le début de la MA est réduit, de l’ordre d’un an, il faut probablement considérer qu’il s’agit alors de symptômes précoces d’une démence. Dans cette étude, une relation entre les symptômes dépressifs et une MA était retrouvée pour des intervalles supérieurs à 10 ans. Il s’agissait alors vraisemblablement de 2 maladies différentes.

Les questions soulevées par les auteurs pour expliquer ce lien sont les suivantes : la maladie d’Alzheimer débute-t-elle relativement tôt dans la vie ? La survenue d’une dépression serait-elle la traduction d’une « réserve fonctionnelle neurologique » limitée et propice à la survenue ultérieure d’une démence ?
Relation entre dépression et maladie d’Alzheimer en fonction de l’intervalle existant entre les débuts des 2 maladies.
  Intervalle entre débuts de dépression et de MA < X Intervalle entre débuts de dépression et de MA > X
Années entre débuts de dépression et de maladie d’Alzheimer = X nombre Odds Ratio (Intervalle de confiance 95%) nombre Odds Ratio (Intervalle de confiance 95%)
1 221 4,57 (2,87-7,31) 698 1,38 (1,03-1,85)
2 284 3,41 (2,29-5,08) 635 1,37 (1,03-1,86)
3 305 3,18 (2,18-4,62) 614 1,33 (1,01-1,85)
4 353 2,72 (1,93-3,82) 566 1,39 (1,00-1,91)
5 379 2,60 (1,88-3,61) 540 1,39 (1,00-1,93)
10 428 2,43 (1,80-3,29) 491 1,34 (0,93-1,93)
15 521 2,10 (1,58-2,78) 398 1,58 (1,06-2,37)
20 619 1,99 (1,53-2,59) 300 1,70 (1,06-2,72)
25 685 2,01 (1,56-2,60) 234 1,71 (1,03-2,82)
Publié en Septembre 2003
Auteur : L. Lechowski - Hôpital Sainte-Périne,  Paris
Références : Green RC, Cupples LA, Kurz A, Auerbach S, Go R, Sadovnick D, Duara R, Kukull WA, Chui H, Edeki T, Griffith PA, Friedland RP, Bachman D, Farrer L. Depression as a risk factor for Alzheimer disease : the MIRAGE Study. Arch Neurol 2003 ;60: 753