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image description Une estrogénothérapie protège-t-elle de l’atrophie hippocampique liée à l’âge ?
L’estrogénothérapie substitutive de la femme ménopausée constituerait un facteur de protection contre la survenue d’une maladie d’Alzheimer. Un tel traitement a également montré un effet bénéfique sur les performances mnésiques des femmes. Un effet neuroprotecteur des estrogènes est l’hypothèse principale pour expliquer l’action de ces hormones. Le volume des hippocampes, mesuré par l’IRM cérébrale, est d’autant plus faible que l’âge est avancé. D’autre part, une atrophie hippocampique plus fréquemment constatée chez des patients souffrant d’un MCI (Mild Cognitive Impairment) est liée au risque de survenue d’une maladie d’Alzheimer. Enfin une atrophie hippocampique est associée à une conversion plus fréquente d’un MCI en maladie d’Alzheimer.

Les auteurs de ce travail ont cherché à savoir si une estrogénothérapie pouvait éviter la survenue d’une atrophie hippocampique en tenant compte de l’âge et du sexe des sujets. L’étude a été réalisée à partir d’une cohorte issue d’une population de 1789 personnes âgées (SALSA : Sacramento Area Latino Study of Aging). Cent vingt-deux personnes avaient eu une IRM cérébrale. Après la réalisation de tests neuropsychologiques, du Mini-Mental-State modifié (MMS3), et après un examen neurologique, les sujets étaient classés en déments qui étaient exclus de l’analyse, en sujets ayant des fonctions cognitives altérées mais sans démence et en sujets normaux. Une IRM cérébrale réalisée chez tous les sujets permettait la mesure du volume des hippocampes selon des normes précises. Les données concernant un éventuel traitement par estrogènes étaient ensuite colligées. L’étude a porté sur 38 hommes, 13 femmes prenant des estrogènes et 46 femmes sans estrogènes.

Les 3 groupes étaient comparables quant à leur âge, leur niveau d’instruction et la proportion de sujets MCI. Les résultats psychométriques étaient significativement meilleurs chez les hommes. Les âges de début de ménopause et les dates de premières règles étaient comparables d’un groupe de femme à l’autre.

Le volume des hippocampes des hommes était plus important que celui des femmes sans estrogénothérapie mais comparable à celui des femmes sous estrogénothérapie. Le volume moyen des hippocampes droits des femmes avec estrogénothérapie était plus important que celui des autres femmes. La partie antérieure de l’hippocampe était également en moyenne plus grande chez les femmes sous estrogénothérapie que chez les 2 autres groupes. Cette différence était plus importante encore pour l’hippocampe droit que pour l’hippocampe gauche. Pour le groupe des femmes sans estrogénothérapie, le volume de l’hippocampe était inversement proportionnel à l’âge. Pour ce même groupe, les performances pour le MMS modifié étaient d’autant meilleures que le volume de l’hippocampe était important. Ces résultats étaient tous significatifs sur un plan statistique.

Il s’agit de la première étude montrant un lien entre l’atrophie hippocampique et une estrogénothérapie. Un effet neuroprotecteur des estrogènes est la principale hypothèse expliquant ces résultats. D’autre part, les résultats significatifs pour la partie antérieure des hippocampes sont à relier au fait que les plus grandes différences de volume des hippocampes retrouvées dans des études comparant des patients atteints d’une maladie d’Alzheimer avec des sujets sains concernaient la partie antérieure. La principale limite de cette étude était l’effectif restreint des femmes sous estrogénothérapie. D’autre part les auteurs insistent sur le fait que les pathologies associées pouvant interférer avec le volume des hippocampes n’ont pas été contrôlées. Enfin, la population étudiée avait un niveau d’instruction moyen relativement bas. De plus larges études analysant notamment la survenue ou non d’une démence et l’évolution des performances cognitives semblent nécessaires pour confirmer ces résultats.
Caractéristiques des 3 groupes étudiés. Les valeurs du MMS modifié pouvaient varier de 0 à 100 pour une performance maximale. La valeur moyenne du MMS modifié des hommes était significativement supérieure à celle des femmes sans estrogénothérapie.
  Age,  ans (min-max) Années d’instruction : moyenne (écart-type) Valeur du MMS modifié : moyenne(écart-type) Patient MCI
Femmes avec estrogénothérapie 67,0 (60-77) 8,15 (4,93) 83,53 (9,58) 15%
Femmes sans estrogénothérapie 69,4 (60-83) 7,73 (5,18) 82,43 (11,60) 19%
hommes 69,2 (60-83) 10,03 (5,30) 87,61 (11,64) 8%
Publié en Novembre 2003
Auteur : L. Lechowski - Hôpital Sainte-Périne,  Paris
Références : JL Eberling, C Wu, MN Haan, D Mungas, M Mungas, M Buonocore, WJ Jagust. Preliminay evidence that estrogen protects against age-related hippocampal atrophy. Neurobiol. Aging. 2003; 24:725-732