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image description Une étude en imagerie par résonance magnétique objective les effets bénéfiques d’une consommation modérée d’alcool au niveau cérébral
La plupart des études prospectives ont pu mettre en évidence une relation en U entre la consommation d’alcool et le risque cardiovasculaire ou le risque de démence. L’une des hypothèses proposées pour expliquer les effets bénéfiques de l’alcool sur la survenue d’une démence repose sur l’implication d’une composante vasculaire, bien que d’autres mécanismes aient également été évoqués.

C’est pour tenter d’objectiver ces effets sur des structures cérébrales telles que l’hippocampe qu’une analyse effectuée grâce à l’imagerie par résonance magnétique a été entreprise dans le cadre de l’étude Rotterdam. Ce travail a porté sur une population de 1077 personnes non démentes (52% de femmes), âgées de 60 à 90 ans (moyenne 72,2 ans) lors des examens effectués à l’inclusion entre 1995 et 1996. Une analyse tridimensionnelle a pu être effectuée sur un sous-groupe de 563 sujets permettant une mesure du volume de l’hippocampe et de l’amygdale. Un questionnaire a par ailleurs permis de classer les participants en fonction de leur consommation de boissons alcoolisées: très petits buveurs (< 1 verre/ semaine), petits buveurs (entre 1 verre/semaine et < 1 verre /j), buveurs modérés (entre 1 verre/j et < 4 verres/j) et gros buveurs (= 4 verres/j). Chaque verre de boisson alcoolisée (bière, vin, apéritif ou digestif) était supposé contenir environ 13 g d’alcool. Un génotypage pour l’APOE a été effectué chez 969 sujets dont 436 du sous-groupe pour qui l’analyse en 3 dimensions a pu être effectuée. Afin de simplifier l’analyse des résultats, les anciens buveurs (86 au total, dont 42 dans le sous-groupe 3 dimensions) ont été éliminés dans la mesure ou l’arrêt de leur consommation d’alcool semblait lié à l’apparition d’une hypertension ou d’un diabète.

Les petits buveurs étaient ceux qui présentaient le plus petit nombre de lésions péri-ventriculaires de la substance blanche (odds ratio comparé aux non buveurs 0,69 ; IC à 95% = 0,25-1,13). Si les infarctus cérébraux étaient moins souvent observés chez les très petits et petits buveurs, aucune des différences par rapport aux autres groupes n’était significative d’un point de vue statistique. Par ailleurs, l’analyse globale ne montrait pas de relation entre la consommation d’alcool et le volume de l’hippocampe ou de l’amygdale. Cependant, chez les porteurs de l’allèle e4 du gène APOE, la consommation d’alcool était associée de façon positive au volume de ces deux structures cérébrales, ce qui n’était pas le cas chez les sujets non porteurs de cet allèle. La prise en compte du niveau d’instruction, de l’indice de masse corporelle, du sexe ou de l’existence d’un diabète ou d’une hypertension ne modifiait pas ces associations. Il faut par ailleurs noter que l’exclusion des très gros buveurs (≥ 6 verres/j) n’avait pas d’impact sur ces résultats.

Ainsi, selon cette étude, une consommation légère à modérée d’alcool est associée à une moindre prévalence d’atteintes vasculaires et chez les porteurs de l’allèle e4 de l’APOE, à une atrophie plus faible de l’hippocampe et de l’amygdale.
Relation entre la consommation d’alcool et l’observation de lésions cérébrales à l’imagerie par résonance magnétique sur l’ensemble de la cohorte. Odds ratio ajusté sur l’âge, le sexe et la consommation de tabac.
  Consommation d’alcool
  Non buveur
(n=114)
< 1 verre/sem.
(n=195)
De ≥ 1 verre/sem. à < 1 verre/j
(n=247)
De ≥ 1 verre/j à < 4 verres/j
(n=386)
≥ 4 verres/j
(n=46)
Lésions périventriculaires de la substance blanche
(grade)
2,73 ± 0,19 2,51 ± 0,14 2,04 ± 0,12 2,37 ± 0,10 2,83 ± 0,29
Infarctus cérébraux.
%
odds ratio (IC à 95%)

30
1,00(réf)

22
0,63 (0,36-1,09)

21
0,65 (0,38-1,12)

24
0,86 (0,52-1,43)

20
0,80 (0,33-1,96)
Publié en Décembre 2004
Auteur : T. Cudennec - Hôpital Ambroise Paré,  Boulogne-Billancourt
Références : den Heijer T, Vermeer SE, van Dijk EJ, Prins ND, Koudstaal PJ, van Duijn CM, Hofman A, Breteler MMB. Alcohol intake in relation to brain magnetic resonance imaging findings in older persons without dementia. Am J Clin Nutr. 2004; 80: 992-997