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image description Une exposition prolongée au soleil augmente-t-elle le risque de dégénérescence maculaire liée à l’âge ?
Peu d’interventions thérapeutiques ont montré leur efficacité dans le traitement de la dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA). Seule une thérapie associant vitamines anti-oxydantes et zinc semble capable de ralentir sa progression. Il est donc important d’essayer d’identifier aussi précisément que possible les différents facteurs de risque environnementaux. L’exposition directe à la lumière solaire a été proposée comme facteur de risque important de DMLA sans que toutefois cette hypothèse soit étayée par des données homogènes. Les investigateurs de la Beaver Dam Eye Study ont donc tenté de mettre en évidence le lien éventuel entre l’exposition solaire tout au long de la vie et l’incidence et la progression de la DMLA.

Il s’agissait d’une étude de cohorte réalisée avec l’aide des habitants de la localité de Beaver Dam dans le Wisconsin aux Etats-Unis. Les 4926 participants, inclus entre 1987 et 1988 étaient alors âgés de 43 et 84 ans et étaient à 99% de race blanche. Ils ont été examinés à trois reprises : en début d’étude, puis entre 1993 et 1995 (suivi à 5 ans), et enfin 2764 d’entre eux ont eu un dernier examen entre 1998 et 2000, correspondant au suivi à 10 ans. Un questionnaire a été utilisé pour évaluer le niveau d’exposition solaire au cours de l’adolescence et entre 30 et 40 ans. Les sujets qui disaient avoir passé plus de 5 heures par jour à l’extérieur en été au cours de ces deux périodes de leur vie étaient considérés comme ayant eu une forte exposition. Une faible exposition était attribuée à ceux qui avaient passé moins de 2 heures par jour à l’extérieur. L’exposition cumulée au soleil au cours des différentes périodes considérées a également été calculée afin d’établir une classification parmi les participants. Le niveau de protection contre le soleil a été évalué selon la durée du port de lunettes de soleil ou d’un chapeau: une protection était considérée comme importante si elle était portée pendant au moins 50% du temps passé dehors. Le nombre de coups de soleil dans l’enfance a aussi été recherché.

Des clichés de fond d’œil ont permis une analyse standardisée avec une description et une gradation des lésions. Une DMLA débutante était définie par la présence de drusens associés ou non à une dépigmentation épithéliale ou rétinienne, alors qu’une forme exsudative ou atrophique de DMLA signait une forme évoluée.

Peu de sujets déclaraient passer leurs journées en extérieur (3,0% en hiver et 19,8% en été) et la moitié des participants ne portaient pratiquement jamais de lunettes de soleil ou de chapeau, quelle que soit la période de leur vie. Après ajustement sur l’âge et le sexe, les participants qui passaient plus de 5 heures par jour au soleil d’été au cours de leur vie avaient un risque significativement plus important de montrer une augmentation pigmentaire épithéliale (risque relatif 2,53 ; IC à 95% :1,22-5,26) et une DMLA débutante (risque relatif 2,02 ; IC à 95% : 1,08-3,79) à 10 ans que ceux qui avaient été exposés moins de 2 heures par jour. Les sujets qui avaient souffert de plus de 10 coups de soleil au cours de leur enfance avaient une plus forte probabilité de développer des drusens > 250 µm (risque relatif 2,52 ; IC à 95% : 1,29-4,94) dans les 10 ans, que ceux qui n’avaient pas eu plus d’un coup de soleil. Ceux qui avaient eu entre 2 et 10 coups de soleil avaient plus de formes évoluées de DMLA (risque relatif 2,32 ; IC à 95% :1,01-5,31). En revanche, aucun des 177 sujets qui avaient eu plus de 10 coups de soleil pendant leur adolescence n’a présenté de DMLA évoluée à 10 ans. Ces relations n’étaient pas modifiées par la prise en compte de la consommation de tabac ou de vitamines. Si le port de lunettes de soleil et d’un chapeau chez ceux qui avaient eu la plus forte exposition solaire était associé à une diminution de moitié du risque de développer des drusens ou une dépigmentation épithéliale, aucun effet bénéfique n’était noté sur l’incidence de la DMLA ou sa progression.

Ainsi seulement quelques associations entre l’exposition à la lumière solaire et l’incidence et la progression de la DMLA ont été retrouvées dans cette étude. Ces résultats sont néanmoins en accord avec les conclusions de l’étude précédente sur la même cohorte qui s’était arrêtée à 5 ans de suivi. Il faut cependant souligner les limites d’une telle étude dont les analyses étaient basées en grande partie sur l’évocation de souvenirs lointains et probablement peu précis.
Relations entre l’exposition solaire et l’incidence de la DMLA après ajustement sur l’âge et le sexe.
  Forme débutante de DMLA Augmentation pigment rétinien Forme évoluée de DMLA
Exposition solaire au cours de la vie
-faible
-élevée

1,0
2,02 (1,08-3,79)
p=0,03

1,0
2,53 (1,22-5,26)
p=0,01

1,0
1,15 (0,39-3,39)
p=0,8
  Forme débutante de DMLA Drusens > 250 µm Forme évoluée de DMLA
Nb de coups de soleil dans l’enfance
-de 0 à 1
-de 2 à 10

-plus de 10

1,0
0,94 (0,68-1,29)
p=0,68
1,56 (0,85-2,86)
p=0,15

1,0
1,09 (0,74-1,61)
p=0,67
2,52 (1,29-4,94)
p=0,01

1,0
2,32 (1,01-5,31)
p=0,05
Non évaluable
Publié en Juillet 2004
Auteur : G. Hamon - Successful Aging, Boulogne-Billancourt
Références : Tomany SC, Cruickshanks KJ, Klein R, Klein BEK, Knudtson MD. Sunlight and the 10-year incidence of age-related maculopathy. The Beaver Dam Eye Study. Arch Ophthalmol. 2004; 122: 750-757