< Retour

Actualités

image description Une meilleure correction des troubles visuels contribue-t-elle vraiment à diminuer le risque de chute ?
Les chutes sont souvent la cause de fractures chez les personnes âgées. De nombreux facteurs de risque ont été identifiés et des mesures de prévention multifactorielles ont été proposées. Selon toute logique, les troubles visuels figurent bien au nombre de ces facteurs de risque, bien que peu d’essais contrôlés aient tenté d’établir une relation entre la correction de ces troubles et une diminution de la fréquence des chutes et des fractures. De plus, les résultats des quelques études disponibles ne vont pas tous dans le même sens.

Cette évaluation a été reprise par une équipe d’hospitalo-universitaires de Sydney en Australie avec la mise en place d’un essai contrôlé randomisé chez des personnes de plus de 70 ans. Les 616 participants devaient ne pas être institutionnalisés, et n’avoir pas subi d’extraction de cataracte ou avoir changé de verres correcteurs au cours des 3 derniers mois. Les personnes présentant des troubles cognitifs n’ont pas été exclues. Après avoir répondu à un questionnaire concernant leur histoire médicale, leurs troubles de la vision, leurs antécédents de chute, leurs prises médicamenteuses et leurs activités de la vie quotidienne, les patients étaient répartis entre un groupe intervention et un groupe témoin. Seuls les sujets faisant partie du groupe intervention ont subi des examens visuels. Ceux-ci comprenaient une évaluation de l’acuité et du champ visuel, de la vision des contrastes et de la pression intra-oculaire. De nouveaux verres correcteurs étaient prescrits en cas de nécessité. L’intervention d’un ergothérapeute pouvait également être préconisée dans certaines situations. Enfin, les patients étaient orientés vers un service spécialisé lorsqu’une pathologie ignorée jusque-là était découverte lors des examens. Les participants ont ensuite été suivis pendant une année au cours de laquelle il leur était demandé de tenir un calendrier des chutes et fractures éventuelles.

Les participants étaient âgés en moyenne de 80,6 ans, plus de 90% d’entre eux portaient des lunettes, 62% avaient une cataracte et 68% étaient des femmes. Les calendriers des chutes ont été complétés sur les 12 mois de l’étude par près de 90% des personnes. Les antécédents de chute au cours de l’année précédant l’entrée dans l’essai étaient similaires entre les deux groupes. Divers traitements ont été effectués dans le groupe intervention : 30% des sujets ont changé de verres correcteurs dans les deux mois suivant le début de l’étude, 5,5% ont reçu des anti-glaucomateux et 7 patients ont eu une chirurgie de la cataracte.

De manière relativement inattendue, les chutes ont été plus fréquentes dans le groupe intervention que chez les témoins (758 chutes versus 516 respectivement). Dans le groupe intervention, 65% des sujets ont fait au moins une chute alors qu’ils n’étaient que 50% dans le groupe témoin. Cette différence semblait particulièrement marquée au cours des 6 premiers mois de l’étude. De même, les fractures ont été plus nombreuses dans le groupe intervention. Dans celui-ci, 74% des patients qui ont eu une modification majeure de leurs verres correcteurs sont tombés au moins une fois alors qu’ils n’étaient que 53% en cas de changement mineur. Une mesure de l’acuité visuelle de l’ensemble des participants à la fin de l’essai n’a révélé aucune différence entre les deux groupes.

Les résultats de cette étude n’étaient pas escomptés par les auteurs qui proposent plusieurs explications possibles. Les sujets du groupe témoin étaient peut-être plus conscients de leur fragilité et ont pris moins de risques lors de leurs déplacements. La relation entre des modifications majeures de verres correcteurs et le risque de chute montre que les personnes âgées ont besoin probablement d’un temps d’adaptation relativement long, pouvant expliquer une augmentation des faux pas et des fractures au cours des mois qui suivent. Une amélioration de la vue peut aussi entraîner une augmentation des comportements à risque, en corollaire d’une plus grande mobilité. Quelle qu’en soit l’explication, des conseils de prudence semblent de mise chez les personnes âgées fragiles lorsqu’une amélioration importante est apportée à leur troubles visuels.

Risques relatifs de chutes et de fractures au cours des 12 mois de suivi dans les deux groupes.
Publié en Mars 2007
Auteur : L. Teillet - Hôpital Sainte-Périne,  Paris
Références : Cummings RG, Ivers R, Clemson L, Cullen J, Hayes MF, Tanzer M, Mitchell P. Improving vision to prevent falls in frail older people: a randomized trial. J Am Geriatr Soc. 2007;55:175-181.