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image description Une supplémentation en vitamine E à fortes doses pourrait augmenter le risque de mortalité
La consommation de suppléments nutritionnels aux Etats-Unis a augmenté très rapidement ces dernières années à tel point qu’un tiers des adultes, et la moitié des plus de 55 ans, disent en en user quotidiennement. Beaucoup de ces suppléments, comme les vitamines C et E, sont présentés comme des « antioxydants » utiles dans la prévention de maladies liées à l’âge. Basés sur l’idée que la vitamine E réduirait le stress oxydatif, de nombreux essais cliniques ont testé les effets d’une supplémentation en vitamine E sur l’incidence de diverses maladies chroniques. Les résultats ont été assez décevants. De plus, plusieurs études consacrées aux supplémentations à hautes doses en vitamine E ont montré une tendance à l’augmentation de la mortalité, non significative sur le plan statistique.

Afin d’évaluer une éventuelle relation effet-dose d’une supplémentation en vitamine E sur la mortalité, une équipe américaine a réalisé une méta-analyse de la littérature basée sur les données d’essais contrôlés et randomisés. Les critères d’inclusion étaient : - une répartition aléatoire des participants ; - l’utilisation d’une complémentation en vitamine E seule (9 études) ou combinée avec d’autres vitamines ou minéraux (10 études) ; - la présence d’un groupe contrôle ou placebo ; - des études limitées aux hommes et/ou aux femmes non gestantes ; - une durée de la supplémentation et du suivi supérieure à un an (de 1,4 à 8,2 ans) ; - l’occurrence d’au moins dix décès dans l’étude. Cette méta-analyse a ainsi regroupé 19 essais cliniques, entre 1993 et 2004, totalisant 135 967 sujets avec 12 504 décès, toutes causes confondues, observés au cours de cette période. Les participants étaient âgés de 47 à 84 ans. Les doses en vitamine E ont été converties en unités internationales quotidiennes (UI/j), et s’échelonnaient de 16,5 à 2000 UI/j, avec une prise moyenne à 400 UI/j. Les essais comportant des doses élevées (≥ 400 UI/j) n’ont concerné que 40 950 sujets.

Globalement, la supplémentation n’a pas affecté la mortalité puisque le risque de décès, en comparant vitamine E et groupe contrôle, était multiplié par 1,01. Cependant, il existait une hétérogénéité significative dans les résultats qui était expliquée par les différences de posologie en vitamine E suivant les essais : dose faible (< 400 UI/j) et élevée (≥ 400 UI/j). Pour l’ensemble des 8 études utilisant de faibles doses, la différence de risque de mortalité, en comparant vitamine E et contrôle, était de -16 pour 10 000 personnes (IC à 95% de -41 à +10 pour 10 000 personnes), soit un risque relatif multiplié par 0,98 (IC à 95% de 0,96 à 1,01). Pour 11 études utilisant des posologies élevées, la différence de risque était de +39 pour 10 000 personnes (IC à 95% de +3 à +74 pour 10 000 personnes) avec un risque relatif multiplié par 1,04 (IC à 95% de 1,01 à 1,07). Une analyse dose-réponse a montré une relation statistiquement significative entre la dose de vitamine E et la mortalité, quelle que soit la cause, avec un risque accru pour des doses supérieures à 150 UI/j.

Cette augmentation de mortalité revêt une importance évidente dans le domaine de la santé publique. Cependant, les essais comportant des doses élevées en vitamine E (≥ 400 UI/j) étaient souvent restreints, et réalisés chez des malades chroniques. La généralisation de ces résultats à l’adulte sain reste incertaine, et l’estimation précise du seuil pour lequel le risque est augmenté est difficile à déterminer. L’effet des faibles doses doit également être interprété avec précaution car les études étaient souvent réalisées chez des populations sous-alimentées ou consommant d’autres vitamines ou minéraux combinés à la vitamine E.

Au vue de l’augmentation de la mortalité associée à des doses élevées de β-carotène et maintenant de vitamine E, l’utilisation à long terme de fortes doses de suppléments vitaminiques devrait être découragée tant que l’évidence de son efficacité n’aura pas été documentée par des essais cliniques convenablement menés.
Nombre de décès (toutes causes confondues) et de participants en fonction des doses de vitamine E
  Décès / Participants (n/n)
Vitamine E
Décès / Participants (n/n)
Contrôle
Doses faibles (<400 UI/j) 3 749 / 47 458
(soit 7,9 %)
3 890 / 47 559
(soit 8,2 %)
Doses élevées (≥400 UI/j) 2 483 / 20 490
(soit 12,1 %)
2 382 / 20 460
(soit 11,6 %)
Total 6 232 / 67 948
(soit 9,2 %)
6 272 / 68 019
(soit 9,2 %)
Publié en Février 2005
Auteur : L. Teillet - Hôpital Sainte-Périne,  Paris
Références : Miller ER, Pastor-Barriuso R, Dalal D, Riemersma RA, Appel LJ, Guallar E. Meta-analysis: high-dosage vitamin E supplementation may increase all-cause mortality. Ann Intern Med. 2005 ; 142:37-47.