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image description Une supplémentation énergétique quotidienne enrichie ou non en micronutriments a-t-elle des effets bénéfiques sur la progression de la maladie d’Alzheimer ?
Les troubles de la nutrition ne sont pas rares chez les patients qui souffrent de la maladie d’Alzheimer. La perte de poids qui en résulte s’accompagne d’une augmentation de la morbidité et du risque de dépendance. L’étiologie de cette perte de poids est mal comprise et semble multifactorielle. Plusieurs hypothèses ont été proposées pour expliquer ce phénomène: un trouble du comportement alimentaire, une altération de l’absorption ou encore une augmentation des dépenses énergétiques. Quoi qu’il en soit, une supplémentation énergétique adaptée semble capable de limiter la perte de poids chez ces patients. Un nouvel essai d’intervention a été récemment conduit par une équipe espagnole qui a évalué l’impact d’un complément nutritionnel avec ou sans ajout de micronutriments sur la perte de poids et l’évolution cognitive de patients présentant une forme légère de la maladie d’Alzheimer.

Les sujets ont reçu pendant les 6 mois de l’étude une supplémentation énergétique de 500 kcal/jour sous forme liquide à raison de deux prises de 250 mL ingérées entre les 3 repas de la journée. Ce supplément était constitué de 45% de glucides, 25% de graisses et 30% de protéines. Les 44 participants étaient répartis en deux groupes, dont l’un recevait en plus un cocktail enrichi en micronutriments comprenant en particulier des vitamines E, C, B12, des folates, du zinc, du cuivre, du manganèse et de l’arginine. L’état nutritionnel, les habitudes alimentaires et les performances cognitives des patients ont été évalués au début de l’étude puis après 6 mois de traitement. Un bilan biochimique a également été effectué à ces mêmes périodes. La prise alimentaire était évaluée grâce aux informations notées par les aidants dans un agenda spécifique. La compliance concernant la prise des compléments était vérifiée quotidiennement par l’infirmière en charge des patients. L’index de masse corporelle (IMC) était utilisé comme reflet de l’état nutritionnel global, le pli cutané et la circonférence du bras servaient d’indicateurs de la masse grasse et de la masse maigre, respectivement. Un bilan cognitif était effectué à l’aide d’une version espagnole du MMSE.

La compliance des participants vis-à-vis des suppléments qui leur étaient offerts était d’environ 90%, résultant en une augmentation de l’apport énergétique quotidien d’environ 400 kcal, comparable dans les deux groupes. Les patients inclus dans l’étude présentaient des troubles modérés du comportement alimentaire sans évolution notable au cours de l’étude et leur état nutritionnel était considéré comme normal dans les 2 groupes. Après 6 mois de supplémentation, une tendance à l’augmentation de l’IMC était observée dans chacun des groupes, ainsi qu’une augmentation significative du pli cutané et de la circonférence du bras, équivalente chez tous les patients. Une augmentation des concentrations sériques de magnésium, de sélénium et de zinc ainsi qu’une diminution des niveaux de vitamine E a été observée au cours de l’étude, indépendamment de l’augmentation des apports en micronutriments dans le groupe supplémenté. La concentration de cholestérol plasmatique total était diminuée seulement dans le groupe qui recevait le supplément en micronutriments, passant de 222,1 ± 37,6 à 196,0 ± 32,2 mg/dl. Les troubles cognitifs en début d’étude étaient comparables dans les deux groupes (score au MMSE : 19,1 ± 10,2 et 18,2 ± 10,1 pour le groupe traité et le groupe contrôle respectivement) et la diminution des scores au cours de l’étude était similaire et non significative.

Ces résultats confirment donc qu’une supplémentation énergétique peut contribuer à prévenir une perte de poids chez des patients Alzheimer modérés. Aucune différence en terme d’évolution des performances cognitives n’a cependant été observée entre les patients recevant les micronutriments et ceux qui n’en prenaient pas. Cette absence d’effet bénéfique pourrait éventuellement être due à la trop courte durée de l’étude, au faible nombre de patients inclus ou encore aux doses peut-être insuffisantes de vitamines et minéraux administrées.
Evolution de divers paramètres biologiques au cours de l’étude dans le groupe supplémenté en micronutriments et le groupe contrôle qui ne recevait pas de micronutriments.
Paramètres Groupe supplémenté Groupe contrôle
Valeur initiale Valeur après 6 mois de supplémentation Valeur initiale Valeur après 6 mois de supplémentation
IMC (kg/m2) 25,4 ± 4,4 26,5 ± 4,5 24,4 ± 2,6 26,0 ± 3,5
Pli cutané (mm) 17,7 ± 5,9 18,5 ± 6,0 16,8 ± 3,4 18,1 ± 3,4
Périmètre brachial (cm) 28,7 ± 3,1 29,1 ± 3,1 28,9 ± 2,9 29,5 ± 3,0
Vitamine E (µmol/L) 43,5 ± 8,8 32,0 ± 6,9 40,3 ± 9,6 29,0 ± 6,3
Magnésium (mg/dL) 1,9 ± 0,1 2,0 ± 0,2 1,9 ± 0,1 2,1 ± 0,1
Sélénium (µg/L) 84,8 ± 14,0 99,2 ± 18,0 78,5 ± 16,0 91,5 ± 14,0
Zinc (µg/dL) 62,4 ± 13,3 77,9 ± 8,8 61,3 ± 20,5 75,8 ± 13,1
Publié en Mai 2004
Auteur : G. Hamon - Successful Aging, Boulogne-Billancourt
Références : Planas M, Conde M, Audivert S, Pérez-portabella C, Burgos R, Chacón P, Rossello J, Boada M, Tàrraga LL. Micronutrient supplementation in mild Alzheimer disease patients. Clin Nutr. 2004; 23: 265-272