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image description Vivre cent ans et rester en forme : mythe ou réalité ?
Vivre jusqu’à 90, 95, 100 ou même 105 ans n’est plus extraordinaire. Si le nombre de centenaires était proche de 250 en France dans les années 50, il est voisin de 13 000 aujourd’hui et sera probablement compris entre 100 000 et 200 000 en 2050. Et pourtant le mythe du centenaire, sorte de surhomme, est encore bien ancré dans nos sociétés comme si atteindre ce cap supposait d’avoir une constitution exceptionnelle ou une recette personnelle plus ou moins magique. Plusieurs études sont en cours pour essayer de découvrir des gènes qui expliqueraient cette longévité remarquable ou pour identifier les « comportements gagnants » en terme de survie très prolongée.

Pour désigner ce vieillissement réussi qui permet de vivre longtemps en pleine forme, l’expression « Successful Aging » a été lancée au niveau international dès 1961. Actuellement, on considère qu’un senior a bien « réussi » s’il n’est ni malade ni invalide, s’il a une activité physique et intellectuelle élevée, s’il garde des contacts sociaux et s’il reste productif même sans rémunération. Cette définition peut s’appliquer à tous les âges de la vie, bien que la probabilité de coller à ce modèle d’homme ou de femme accompli diminue avec l’âge, à tel point qu’on peut se demander si chez les centenaires on rencontre encore des personnes qui satisfont à ces critères de Successful Aging. La réponse vient d’être partiellement apportée par une équipe italienne qui a décrit de façon très complète la santé et le mode de vie de 602 centenaires.

Ces derniers avaient été recrutés dans toute l’Italie à l’occasion de l’étude épidémiologique « Italian Multicentric Studies on Centenarians ». Le rapport homme/femme était de 1/4. Un bilan clinique normé leur était proposé avant de suivre une batterie de 4 tests classiques : le Mini Mental State Examination (MMSE), la Geriatric Depression Scale (GDS), les tests Activities of Daily Living (ADL) et Instrumental Activities of Daily Living (IADL). Sur la base de cette évaluation, les personnes étaient classées dans trois catégories : en bonne santé (A), avec un état de santé intermédiaire (B), en mauvaise santé (C). Environ 20% des centenaires se situaient dans le groupe A, 33% dans le groupe B et 47% dans le groupe C. L’analyse de cette répartition par sexe montre que la proportion d’hommes en bonne santé à cet âge-là est plus importante que celle des femmes, même si dans l’absolu ils sont beaucoup moins nombreux.

Les personnes appartenant au groupe A étaient totalement autonomes sur les critères des ADL et 25% d’entre elles étaient tout à fait indépendantes selon les critères des IADL. A l’opposé, dans le groupe C, aucun participant n’était complètement autonome pour les ADL et 91% étaient dépendants vis-à-vis des items des IADL. Si 42% de l’ensemble du groupe de centenaires étudiés étaient dépendants, il faut noter aussi que 46% d’entre eux avaient un score au MMSE bas susceptible de perturber leur vie quotidienne.

Lorsqu’on regarde l’activité professionnelle passée de ces personnes, entre 1920 et 1960, 35% étaient des travailleurs indépendants et 65% étaient salariés. Les professions les plus citées étaient agriculteurs, tailleurs et employés de bureau. Les femmes étaient à 59% au foyer. On ne sera pas étonné d’apprendre qu’aucun centenaire n’avait encore d’activité professionnelle lucrative au moment de l’étude. Au niveau des loisirs, très peu allaient au cinéma et encore moins au théâtre. Leurs loisirs préférés étaient par ordre décroissant : jouer aux cartes, regarder la télévision, écouter la radio, lire le journal. Ils se promenaient souvent, accompagnés la plupart du temps par un proche. Vingt-deux pour cent de ces centenaires vivaient en institution, et 78% étaient encore chez eux, généralement avec leurs enfants ou leur conjoint.

Les centenaires italiens ne répondent que très imparfaitement à la définition du Successful Aging telle qu’elle a été proposée par la communauté scientifique, et notamment sur le plan des activités sociales. Un quart d’entre eux étaient toutefois indépendants, sans maladie ou incapacité grave. Ce pourcentage relativement important montre qu’il est possible d’être centenaire et en raisonnablement bonne santé. Le défi de ces prochaines années en terme de santé publique sera d’augmenter ce pourcentage par des actions de prévention précoces et par la maîtrise des maladies dégénératives. Par ailleurs, il sera probablement nécessaire de revoir notre définition de l’expression « socialement utile ».
Nombre et pourcentage de centenaires considérés comme en bonne santé (groupe A), avec un état de santé intermédiaire (groupe B) ou en mauvaise santé (groupe C).
  Hommes Femmes
Groupe A 36 (29%) 85 (18%)
Groupe B 46 (37%) 155 (32%)
Groupe C 43 (34%) 237 (50%)
Total 125 477
Publié en Mai 2005
Auteur : B. Corman - , 
Références : Motta M, Bennati E, Ferlito L, Malaguarnera M, Motta L; Italian Multicenter Study on Centenarians (IMUSCE). Successful aging in centenarians: myths and reality. Arch Gerontol Geriatr. 2005 ; 40 : 241-51.