Corticostéroïdes après un AVC hémorragique : des résultats très encourageants.

Bien que l’usage des corticostéroïdes dans le traitement des patients victimes d’un accident vasculaire cérébral (AVC) hémorragique soit loin d’être consensuel, faute de traitements ayant fait la preuve de leur efficacité formelle, certains centres hospitaliers continuent de les prescrire en routine. Partant d’observations en apparence très encourageantes en termes d’évolution des patients ayant reçu un stéroïde en aigu, une comparaison rétrospective a été effectuée entre une cohorte de patients traités au Centre Hospitalier Universitaire d’Héraklion en Crète et une cohorte de patients soignés dans l’unité spécialisée du Massachusetts General Hospital de Boston. La première cohorte rassemblait 391 patients admis pour AVC hémorragique entre 1997 et 2010 et la seconde 510 patients comparables en tous points, recrutés entre 2003 et 2009. Dans les 2 cohortes, la moyenne d’âge était de 73 ± 12 ans. Toutefois, l’hypertension artérielle, les coronaropathies, la fibrillation auriculaire et la prise de statines, d’anti-agrégants plaquettaires et d’anticoagulants étaient plus fréquentes dans la cohorte de Boston. La plupart des malades crétois avaient reçu une injection intraveineuse de 16 à 32 mg/j de dexaméthasone dans les 2 heures suivant l’admission pour AVC, posologie qui était diminuée de moitié tous les 2 jours, pour se terminer 10 à 12 jours plus tard. Une insulinothérapie appropriée était également instaurée afin de prévenir toute hyperglycémie. La mortalité hospitalière était significativement plus faible en Crète (23,8%) qu’à Boston (38%), tout comme l’était la mortalité à 30 jours (respectivement 25,4 et 39,4%) ou à 3 mois (32,7 et 43,7%). Le bénéfice de la corticothérapie réalisée en Crète se manifestait à partir de 3 jours de traitement. L’exclusion des patients sous anticoagulants amplifiait encore cette différence avec des valeurs respectives de mortalité de 20,8% et 37% à 30 jours. Après ajustement sur le volume et la localisation de l’hématome, le score de Glasgow, le tabagisme, l’hypertension artérielle, le diabète, la maladie coronarienne et la prise médicamenteuse, le traitement par dexaméthasone était associé à une meilleure récupération fonctionnelle et un risque de décès à 30 jours diminué de 65%. Les effets positifs de ce traitement, plus marqués en cas d’hémorragie profonde, pourraient résulter de l’action bénéfique des stéroïdes contre l’œdème vasogénique et la composante inflammatoire, phénomènes supposés aggraver les conséquences de l’hémorragie. Des essais contrôlés seraient bien entendu nécessaires afin de confirmer ces résultats.

Publié en Janvier 2012
Auteur : T. Cudennec - Hôpital Ambroise Paré,  Boulogne-Billancourt
Références : Zaganas I et al. Stroke. 2011;42:3640-3642.