Des apnées du sommeil sévères sont associées à des perturbations du métabolisme glucidique.

Les apnées obstructives du sommeil (AOS) résultent de l’occlusion partielle ou complète des voies aériennes supérieures, malgré la persistance des efforts inspiratoires. Elles sont associées à une désaturation artérielle en oxygène et à des micro-éveils qui fragmentent le sommeil. Ces apnées constituent un facteur de risque indépendant de pathologies cardiovasculaires, notamment d’accidents vasculaires cérébraux ischémiques, de coronaropathies et d’insuffisance cardiaque. Des arguments s’accumulent également en faveur d’une association avec des perturbations du métabolisme du glucose. Le dosage de l’hémoglobine glyquée (HbA1C), dont les valeurs reflètent l’exposition endogène au glucose au cours des derniers mois, est à cet égard un outil intéressant. Plusieurs équipes françaises se sont regroupées pour évaluer, chez des adultes sans antécédent connu de diabète, l’association entre hémoglobine glyquée et sévérité des apnées du sommeil. Cette étude multi-sites a permis l’inclusion de 1 599 patients, dont 29,7% de femmes, qui ont eu un enregistrement polygraphique ou polysomnographique en raison d’une suspicion d’apnées. Un dosage de l’hémoglobine glyquée a été réalisé, et lorsque la valeur était ≥ 6,5%, les sujets étaient exclus de l’étude, tout comme ceux ayant rapporté un diabète avéré ou prenant un traitement antidiabétique. L’index d’apnées/hypopnées (IAH), reflet de la sévérité des apnées, était corrélé de façon proportionnelle, au pourcentage de patients qui avaient une HbA1C> 6%, allant de 10,8% pour un IAH < 5 à 34,2% pour un IAH ≥ 50. Les sujets qui avaient un IAH élevé étaient plus souvent des hommes, en moyenne plus âgés, avec un IMC, un tour de taille et une glycémie à jeun plus élevés et davantage de comorbidités cardiovasculaires. Après ajustement sur l’âge, le sexe, le tabagisme, l’IMC, le tour de taille, la morbidité cardiovasculaire, la somnolence diurne, la dépression, l’insomnie, la durée de sommeil et le site de l’étude, le risque d’avoir une HbA1C> 6% était augmenté de 40%, 80%, 102% et 196% chez les patients qui avaient un IAH compris entre 5 et 15, 15 et 30, 30 et 50 ou ≥ 50 respectivement, comparés à ceux dont l’IAH < 5. L’augmentation de l’hypoxémie au cours du sommeil était également associée de façon indépendante à la probabilité d’avoir une HbA1C> 6%. Chez les adultes sans diabète connu, des AOS sévères sont ainsi associées de façon indépendante à l’altération du métabolisme glucidique, estimée dans cette étude par des valeurs plus élevées de l’HbA1C, ce qui pourrait les exposer à un risque de diabète et de pathologies cardiovasculaires plus important.

Publié en Novembre 2012
Auteur : C. Gauriau - Successful Aging, Boulogne-Billancourt
Références : Priou P et al. Diabetes Care. 2012;35:1902-1906.