Les facteurs de risque de cancer de la prostate ne sont pas clairement identifiés. Parmi ceux mis en cause figurent la consommation régulière de laitages, associée par plusieurs auteurs aux stades avancés de cette forme de cancer. Toutefois, une relation inverse entre la consommation de lait dans l’enfance et la survenue du cancer de la prostate a été observée dans la fameuse cohorte britannique Boyd Orr d’enfants nés juste avant la seconde guerre mondiale. L’Islande offre une opportunité tout à fait intéressante pour étudier les relations entre modes de vie, habitudes alimentaires et pathologies. Au cours du siècle passé, en raison de l’isolement de certaines parties de l’île, les habitudes alimentaires des islandais étaient très différentes entre les régions rurales, la zone côtière et les villes. L’Islande est par ailleurs l’un des pays du monde qui possède la plus forte prévalence de cancer de la prostate. Des registres des cancers y sont tenus depuis plus de 50 ans. La Reykjavik Study, qui avait inclus entre 1967 et 1987 des hommes nés entre 1907 et 1935, a permis de suivre près de 9 000 participants, tous indemnes de cancer de la prostate en début d’étude. Leur mode d’alimentation à l’adolescence, soit entre 14 et 19 ans, puis entre 40 et 50 ans et ensuite jusqu’à fin 2009, avait été renseigné grâce à des questionnaires validés. Au cours du suivi, 1 078 cas de cancer de la prostate ont été diagnostiqués, dont 351 à un stade avancé. L’âge moyen de diagnostic état de 73,8 ans. Comparés aux hommes qui vivaient dans la capitale, ceux qui habitaient en milieu rural et qui étaient nés avant 1920 avaient un risque de cancer à un stade avancé augmenté de 70%, ce qui n’était pas le cas pour ceux qui étaient nés après 1920, c'est-à-dire après le développement des infrastructures. Après ajustement sur l’âge et les autres paramètres liés au mode de vie, une consommation de lait entier au moins 1 fois/jour à l’adolescence multipliait par 3,2 le risque de cancer de la prostate à un stade avancé. En revanche, aucune relation significative n’était retrouvée entre le risque de cancer et la consommation de lait plus tard dans la vie. Ces résultats confirment l’importance du mode d’alimentation au cours de la puberté dans la détermination du niveau de risque de cancer de la prostate.