Hyperactivité vésicale : la rééducation périnéale est aussi efficace qu’un traitement médicamenteux.

Les problèmes d’incontinence urinaire touchent une part très importante de la population adulte. Si ses causes et manifestations peuvent être de différente nature, son impact sur la qualité de vie est loin d’être négligeable. Il existe aujourd’hui plusieurs traitements médicamenteux visant l’instabilité vésicale qui sont efficaces chez les hommes comme chez les femmes, les agents anti-muscariniques étant les plus fréquemment prescrits. Leurs effets secondaires en limitent toutefois l’utilisation, et nombreux sont les patients qui ne poursuivent pas leur traitement au-delà de quelques mois. Une approche comportementale visant à un meilleur contrôle vésical constitue une alternative dont l’efficacité a été bien démontrée chez la femme, ce qui n’était pas le cas jusqu’à présent chez l’homme. Dans cette étude, 143 patients de sexe masculin, âgés en moyenne de 64 ans, qui, en dépit d’un traitement par alpha-bloquant, continuaient à se plaindre d’impériosité ou de pollakiurie, avec ou sans incontinence urinaire, ont été recrutés. Ils ont été répartis de façon randomisée en 2 groupes : l’un recevait de l’oxybutynine à libération prolongée en plus du traitement habituel, l’autre était invité à suivre une approche comportementale incluant une rééducation du plancher pelvien et un entraînement à retarder les mictions ou à maîtriser les impériosités, y compris pendant la nuit. Un calendrier mictionnel a permis de comparer l’évolution des difficultés urinaires en début d’étude, puis après 8 semaines d’intervention. Parmi les critères d’exclusion figuraient une chirurgie de l’appareil urinaire au cours des 6 derniers mois, une infection urinaire, des troubles démentiels ou encore un résidu mictionnel trop élevé. A l’issue du traitement, le nombre de mictions quotidiennes avait diminué de façon équivalente dans les 2 groupes (17 et 19%), mais la réduction de la nycturie était significativement plus marquée dans le groupe thérapie comportementale, comparé au groupe médicament. En revanche, les sujets traités par anti-cholinergique présentaient une amélioration plus nette de leur score d’urgence mictionnelle. En fin d’étude, globalement 85% des sujets se déclaraient améliorés, et plus de 90% étaient satisfaits des progrès réalisés. Alors que 29% des patients traités par anti-cholinergique se plaignaient d’effets indésirables et que la moitié aurait préféré un autre traitement, ils n’étaient que 13% à mentionner des effets secondaires et 29% à souhaiter un autre traitement dans le groupe thérapie comportementale. Une prise en charge comportementale semble donc aussi efficace que la prise d’un anti-muscarinique dans le contrôle mictionnel chez les hommes pour lesquels un alpha-bloquant se montre insuffisant.

Publié en Janvier 2012
Auteur : T. Cudennec - Hôpital Ambroise Paré,  Boulogne-Billancourt
Références : Burgio KL et al. J Am Geriatr Soc. 2011;59:2209-2216.