La mise en place d’une sonde d’alimentation a-t-elle un intérêt chez les patients atteints de démence sévère ?

Les malades qui souffrent d’une démence sévère ont aussi fréquemment des difficultés pour s’alimenter, accompagnées d’une dénutrition. Les bénéfices apportés par une alimentation entérale, en termes d’espérance de vie, restent controversés. C’est en particulier le cas pour les gastrostomies endoscopiques percutanées pour lesquelles une incertitude demeure en ce qui concerne le moment opportun pour la pose, une mise en place trop tardive pouvant expliquer le peu de bénéfice souvent constaté. Pour tenter de clore ce débat, une étude prospective a été réalisée entre 1999 et 2007 sur 36 492 résidents qui souffraient de troubles cognitifs sévères et qui vivaient dans des institutions réparties sur tout le territoire des Etats Unis. Ils étaient âgés de 85 ans en moyenne, 78% étaient des femmes et tous avaient besoin d’aide lors des repas. Au sein de cette cohorte, seuls 1 956 résidents, soit 5,4%, ont bénéficié d’une sonde nutritionnelle alors que près de 90% répondaient aux critères d’une telle intervention. La durée médiane de survie après le début du recours à une aide lors des repas était de 177 jours chez les personnes qui avaient eu une gastrostomie. Après ajustement sur les caractéristiques socio-économiques et cliniques, cette intervention n’avait aucune incidence significative sur la survie des patients, comparés à ceux qui n’en avaient pas bénéficié. De même, la pose d’une telle sonde dans les quelques mois qui suivaient la survenue d’une dépendance pour les repas, n’avait aucun impact significatif sur l’espérance de vie des résidents. Cette étude confirme donc que, quel que soit le moment de la pose, une gastrostomie percutanée n’améliore en rien l’espérance de vie chez ces résidents atteints de démence évoluée. Si la majorité des familles mettent en avant le maintien en vie pour justifier leur demande, cette intervention est loin d’être dénuée de risques, aussi c’est peut-être plutôt la préservation d’une certaine qualité de vie que les équipes soignantes devraient mettre en avant.

Publié en Décembre 2012
Auteur : L. Teillet - Hôpital Sainte-Périne,  Paris
Références : Teno JM et al. J Am Geriatr Soc. 2012;60:1918-1921.