La prévalence des démences a-t-elle évolué au cours des 20 dernières années ?

Compte tenu de son impact en termes de santé publique, il est important, au-delà des impressions générales peu objectives, de mieux connaître l’évolution de la prévalence des démences au sein de la population des seniors. Les méthodes et les critères diagnostiques ayant notablement évolué au cours des 2 dernières décennies, la comparaison des données épidémiologiques des années 80 avec celles d’aujourd’hui est délicate. Pour contourner cette difficulté, les services de santé britanniques ont fait réaliser entre 2008 et 2011 une étude très comparable à celle qui avait été initialement effectuée entre 1989 et 1994 sur une cohorte de seniors représentatifs de la population générale, répartie dans diverses régions d’Angleterre et du Pays de Galles. Pour cette seconde étude, un échantillonnage équivalent de la population vivant dans les mêmes localités, à domicile ou en institution, et la même méthode de diagnostic standardisée, basée sur le Geriatric Mental State examination, ont été utilisés. Lors de la première étude, 7 635 individus avaient été examinés contre 7 796 dans la seconde étude. Dans cette dernière cohorte, la prévalence de la démence toute cause confondue était de 6,5%, soit 1,8% plus faible qu’elle ne l’était 20 ans plus tôt sur une population très similaire, après standardisation selon les tranches d’âge et le sexe. Ainsi, en ne tenant compte que du vieillissement de la population, l’estimation de 2011 suggère que le nombre total de patients souffrant de démence en Grande Bretagne serait bien moindre (-24%) que celui prédit par les estimations de la première étude épidémiologique. Les auteurs en concluent que le risque de démence est plus faible aujourd’hui qu’il ne l’était pour la génération précédente, tout au moins outre-Manche. Il serait bien sûr intéressant de reproduire ce type d’étude comparative utilisant les mêmes critères de diagnostic dans d’autres régions du monde y compris en France.

Publié en Novembre 2013
Auteur : G. Hamon - Successful Aging, Boulogne-Billancourt
Références : Matthews FE et al. Lancet. 2013;382:1405-1412.