Le paradoxe des effets protecteurs de l’obésité après un accident vasculaire cérébral.

L’obésité est de plus en plus considérée comme un facteur de risque d’accident vasculaire cérébral (AVC) en raison de son association fréquente à l’hypertension artérielle, à l’hypercholestérolémie et au diabète. Aussi, une perte de poids est recommandée chez les personnes en surpoids dans le cadre de la prévention des AVC, recommandation qui a été étendue aux patients souffrant d’une affection cérébro-vasculaire avérée. A l’opposé, une diminution de la morbidité et de la mortalité a été observée chez les personnes en surpoids présentant une coronaropathie ou une insuffisance cardiaque. Pour clarifier la relation entre indice de masse corporelle et risque de récidive après un premier AVC ischémique, les données collectées au cours de l’étude de prévention intitulée PRoFESS ont été revues. Il s’agissait d’une étude ayant inclus 20 332 patients (âge moyen 66 ans) qui avaient été victimes d’un AVC ischémique depuis moins de 120 jours, et recrutés à partir de 695 centres répartis dans 35 pays. Dans cette cohorte, 24% des participants étaient obèses. Comparés aux sujets minces (indice de masse corporelle < 25 kg/m2), ni le surpoids ni l’obésité n’augmentait le risque de récidive d’AVC. Cependant, le surpoids ou l’obésité était associé à un risque significativement réduit de 14 à 16% de complications vasculaires sévères, telles qu’AVC non ischémique, infarctus du myocarde ou décès d’origine vasculaire. Par ailleurs, il n’y avait pas de relation significative entre l’obésité abdominale et la récidive d’AVC ou bien la survenue de complications vasculaires. Ces observations rétrospectives rejoignent les conclusions d’études réalisées en particulier chez les insuffisants cardiaques. En résumé, si le surpoids est bien un facteur de risque de survenue d’un AVC, il devient un facteur de protection après l’accident. Plusieurs hypothèses ont été proposées pour expliquer ce paradoxe entre obésité et moindre risque cardiovasculaire après une AVC inaugural. L’une des plus plausibles serait qu’après un premier AVC chez un sujet obèse, les thérapies mises en place sont probablement plus agressives que chez une personne sans surpoids, traitements qui, s’ils sont bien suivis, annuleraient totalement les effets délétères de l’obésité.

Publié en Janvier 2012
Auteur : T. Cudennec - Hôpital Ambroise Paré,  Boulogne-Billancourt
Références : Ovbiagele B et al. Stroke. 2011;42:3397-3402.