Les bisphosphonates, un traitement préventif possible du cancer du côlon.

Les inhibiteurs de résorption osseuse de la classe des bisphosphonates sont largement prescrits dans le traitement de l’ostéoporose ainsi que dans la prévention des complications osseuses associées à certains cancers. Lors des traitements par voie orale, environ 99% de la dose administrée transite dans tout le tube digestif, sous forme pratiquement inchangée, pouvant ainsi atteindre des concentrations locales relativement élevées. Certains composés de cette classe chimique sont également capables d’inhiber la biosynthèse du cholestérol, mécanisme pouvant être à l’origine d’un effet anti-tumoral. Une action anti-néoplasique locale, comparable à celle qui a pu être mise en évidence in vitro, n’est donc pas improbable lors d’un traitement de longue durée. Un lien éventuel entre la prise d’alendronate et le risque de cancer du côlon a été recherché dans le registre danois des causes de décès ainsi que dans la base de données nationale des prescriptions médicamenteuses. Ainsi, 30 606 femmes de plus de 50 ans (moyenne d’âge 72 ans) qui avaient débuté un traitement par alendronate entre janvier 1996 et décembre 2005 et qui n’avaient pas d’histoire de cancer, ont été suivies jusque fin décembre 2008 et comparées à 124 424 femmes de même âge mais qui ne prenaient pas de bisphosphonates. En dépit d’un index de comorbidité significativement plus élevé dans le groupe des sujets traités par alendronate, après ajustement sur les principaux facteurs de risque dont les maladies inflammatoires intestinales, le risque de décès par cancer du côlon était diminué de 38%, comparé au groupe témoin. Les courbes de survie divergeaient progressivement à partir de la 2èmeannée de traitement, en faveur des bisphosphonates. De même, la survenue de nouveaux cancers coliques était significativement réduite, passant de 1,2% chez les témoins à 0,9% chez les sujets traités. Le risque de cancer était plus faible chez les personnes qui utilisaient une posologie hebdomadaire plutôt que quotidienne. Bien que les mécanismes sous-jacents restent à préciser, ces effets bénéfiques d’un traitement par l’alendronate ne sont pas nécessairement le résultat d’un effet de classe mais pourraient être liés aux particularités de sa structure chimique.

Publié en Décembre 2012
Auteur : T. Cudennec - Hôpital Ambroise Paré,  Boulogne-Billancourt
Références : Pazianas M et al. Osteoporosis Int. 2012;23:2693-2701.