Les IEC seraient capables de ralentir le d├ęclin cognitif chez les patients Alzheimer.

Des effets bénéfiques sur les performances cognitives lors d’un traitement antihypertenseur par les inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine (IEC) ont déjà été suggérés à la faveur d’essais réalisés chez des seniors indemnes de démence. Les travaux visant à retrouver de tels effets positifs chez les patients Alzheimer étaient jusqu’ici très parcellaires et avaient abouti à des résultats contradictoires. Les observations effectuées au cours du suivi de la cohorte intitulée Réseau sur la Maladie d’Alzheimer Français s’avèrent très encourageantes. Il s’agit d’une étude multicentrique, débutée en 2000, et qui a permis de recruter 686 patients (moyenne d’âge 78 ans) souffrant de démence Alzheimer probable avec un score au MMSE ≥ 10. Lors de leur entrée dans l’étude, les participants ont bénéficié d’un examen approfondi incluant une imagerie cérébrale par tomographie. Puis les performances cognitives des patients ont été examinées tous les 6 mois par un neuropsychologue. Parmi les participants, 10% prenaient régulièrement un IEC, 9% de manière intermittente, 31% utilisaient un autre antihypertenseur et 50% n’avaient jamais pris d’antihypertenseur. Au départ, les scores au MMSE étaient similaires entre ces 4 groupes. En moyenne, 4,9 examens ont pu être pratiqués sur l’ensemble de la cohorte avec un suivi moyen de 4 années. Les patients qui prenaient régulièrement un IEC avaient une chute de 6,4±1,6 points au MMSE, baisse qui était de 7,9±1,1 points chez les utilisateurs intermittents, de 8,8±0,7 points chez ceux qui prenaient un autre antihypertenseur et de 10,2±0,6 points dans le reste de la cohorte. Ces différences devenaient significatives dès la seconde année de suivi, après ajustement sur l’âge, le sexe, le niveau d’instruction ou la présence ou non d’une hypertension. Cette étude d’observation suggère que la prise d’un IEC permettrait de ralentir le déclin cognitif chez les patients Alzheimer. Ces résultats sont très encourageants, compte tenu des bénéfices modestes procurés par les traitements classiques actuellement disponibles pour ces patients. Ils devront toutefois être confirmés par des essais contrôlés adressant spécifiquement un tel effet des IEC, en particulier avec des molécules capables de pénétrer aisément la barrière hémato-encéphalique.

Publié en Novembre 2013
Auteur : G. Hamon - Successful Aging, Boulogne-Billancourt
Références : Soto ME et al. J Am Geriatr Soc. 2013;61:1482-1488.