Les personnes avec un carcinome cutané ont un risque fortement diminué de maladie d’Alzheimer.

Une moindre incidence de cancers chez les malades Alzheimer, et vice versa, a déjà été observée au cours de diverses études, cette association étant plus particulièrement marquée pour les cancers cutanés. Une relation inverse entre la présence d’un mélanome et le risque de maladie de Parkinson a également été récemment rapportée. Pour vérifier ces corrélations, les investigateurs impliqués dans le suivi de la Einstein Aging Study consacrée au vieillissement en général et pilotée par le Albert Einstein College of Medicine de New York, ont noté l’apparition éventuelle d’une démence chez des personnes qui avaient ou non une histoire de cancer cutané. Les 1 102 participants de cette cohorte, inclus entre 1993 et 2009, étaient âgés de 79 ans en moyenne lors de leur recrutement. Leur état de santé a été évalué annuellement sur une durée moyenne de 3,7 années (suivi maximal de 15,5 ans) et un éventuel diagnostic de troubles cognitifs ou de cancer cutané a été confirmé selon les recommandations consensuelles en vigueur. Au cours de l’étude, une démence s’est manifestée chez 126 personnes, dont 76 cas de maladies d’Alzheimer et 24 cas de démences mixtes. A l’inclusion, 109 participants avaient une histoire de cancer cutané autre qu’un mélanome et 32 ont développé un tel cancer au cours du suivi. La présence de ce type de cancer était associée à un risque de maladie d’Alzheimer diminué de 80%, après ajustement sur l’âge et les facteurs de risque cardiovasculaire. Cette association entre la présence d’un cancer cutané et un effet protecteur vis-à-vis d’une atteinte cognitive était spécifique de la maladie d’Alzheimer puisqu’elle n’a pas été retrouvée pour les autres formes de démences. Il n’y avait pas de lien significatif entre les autres types de cancers et le risque de démence. Plusieurs hypothèses sont avancées par les auteurs pour expliquer cette relation entre cancers cutanés et risque de maladie d’Alzheimer. Des activités physiques plus fréquentes en extérieur sont bénéfiques contre le déclin cognitif mais exposent aux radiations UV et pourraient ainsi favoriser les cancers cutanés. Il est également possible que des facteurs biologiques qui restent à élucider jouent un rôle inverse dans les deux processus pathologiques.

Publié en Juillet 2013
Auteur : T. Cudennec - Hôpital Ambroise Paré,  Boulogne-Billancourt
Références : White RS et al. Neurology. 2013;80:1966-1972.