Quelle formule choisir pour évaluer la fonction rénale chez les plus de 70 ans ?
L’insuffisance rénale, fréquente chez le sujet âgé, doit être prise en considération lors de la prescription des médicaments éliminés par le rein. La simple mesure de la créatinine plasmatique n’est pas suffisante pour renseigner sur la fonction rénale chez les seniors en raison de la baisse de la masse musculaire. La clairance de la créatinine permet, elle, d’estimer la fonction rénale en prenant en compte la concentration plasmatique de la créatinine ainsi que certains paramètres propres à chaque patient. Deux méthodes sont fréquemment utilisées à cette effet : la formule de Cockcroft-Gault et la formule dite MDRD. Aucune étude n’avait jusqu’à présent validé l’usage de ces formules en comparaison avec une méthode de référence chez des sujets âgés. Des gériatres de 2 hôpitaux parisiens ont comparé les valeurs de ce paramètre obtenues par 3 méthodes différentes chez 121 personnes de 72 à 100 ans (moyenne 86 ans), hospitalisées en soins aigus ou en rééducation. Chez ces malades, qui pesaient de 36 à 103 kg, les comorbidités, en particulier cardiovasculaires (82% des sujets), étaient très fréquentes. Selon la méthode de référence, avec mesure effective de la clairance de la créatinine, 53% des sujets avaient une insuffisance rénale modérée et 21,5% une insuffisance sévère. La formule de Cockcroft-Gault permettait de classer correctement 67% des patients, mais 20% étaient considérés comme ayant une insuffisance rénale plus sévère que ne l’indiquait la méthode de référence et 13% étaient classés moins sévèrement. La méthode MDRD classait correctement 50% des sujets, mais l’insuffisance rénale était sous-estimée chez 46% des malades. Globalement, la formule de Cockcroft donne une meilleure estimation de la fonction rénale chez le sujet âgé que la méthode MDRD, la première sous-estimant légèrement la clairance de la créatinine et la seconde la surestimant fortement.
Publié en Novembre 2009
Références : Péquignot R et al. J Am Geriatr Soc. 2009;57:1638-1643