Un déclin rapide de la fonction rénale est associé à une altération cognitive prononcée.

L’insuffisance rénale modérée est très fréquente après 70 ans. Des données récentes suggèrent qu’il existerait une relation entre l’altération des fonctions cognitives et une baisse, même modérée, de la filtration glomérulaire. Toutefois, peu de travaux ont analysé sur le long terme cette relation éventuelle entre l’évolution des performances intellectuelles et la fonction rénale. La cohorte française des 3 Cités a débuté en 1999. Son objectif principal était d’établir une relation entre la survenue d’une démence et les facteurs de risque vasculaire chez les seniors. Au total, 7 839 participants, âgés en moyenne de 73,9 ans avec 61% de femmes, ont été suivis pendant toute la durée de l’étude. Un examen clinique a été réalisé lors du recrutement, puis 2, 4 et 7 ans plus tard. La créatinine sérique a été mesurée sur les échantillons sanguins prélevés au départ, puis lors de la 3èmevisite, mais cette fois chez 2 382 sujets seulement. Lors de cette visite, une protéinurie a été recherchée sur un sous-groupe de 1 040 personnes. En début de suivi, 12% des participants avaient une filtration glomérulaire estimée inférieure à 60 ml/min/1,73m2. Le score cognitif moyen au test MMSE était de 27,4. Après ajustement sur l’âge, il n’y avait aucune relation entre fonction rénale en début d’étude et score au MMSE. Au cours du suivi, 564 cas de démence ont été recensés, dont 382 maladies d’Alzheimer et 106 démences à composante vasculaire. La fonction rénale à l’inclusion ne montrait pas de relation significative avec le risque de démence, à l’exception d’une faible association avec les démences d’origine vasculaire. Cependant, plus la fonction rénale diminuait rapidement au cours des 4 premières années de l’étude et plus le risque de démence était élevé, avec un risque multiplié par plus de 5 pour les démences à composante vasculaire chez ceux dont la filtration glomérulaire avait diminué de plus de 4 ml/min/1,73m2/année. La diminution des capacités cognitives au cours des 3 dernières années de suivi était également plus marquée chez ceux qui avaient la baisse la plus rapide de leur fonction rénale. Par ailleurs, une faible relation a été notée entre la présence d’une protéinurie et un risque de démence vasculaire. Ce ne serait donc pas le niveau de filtration glomérulaire à un instant donné qui serait déterminant dans l’évolution des capacités cognitives mais la vitesse du déclin de la fonction rénale, reflétant probablement une atteinte de la microcirculation.

Publié en Février 2012
Auteur : L. Teillet - Hôpital Sainte-Périne,  Paris
Références : Helmer C et al. Neurology. 2011;77:2043-2051.