Après 90 ans, seul l’état de santé importe dans la prise de décision de la pose d’un stimulateur cardiaque.

La population des nonagénaires ne cesse d’augmenter dans les pays industrialisés. Selon les dernières estimations, leur nombre pourrait être multiplié par 4 d’ici 2050. Leur forme ainsi que leur espérance de vie s’améliorent continuellement et leurs attentes en termes de soins ne cessent d’augmenter, les problèmes de santé étant de moins en moins perçus comme une fatalité liée à l’âge. Ainsi, plus de 80% des stimulateurs cardiaques sont implantés chez des sujets de plus de 65 ans. Une analyse des données concernant l’ensemble des patients de plus de 70 ans ayant bénéficié de la pose d’un stimulateur cardiaque entre 2004 et 2008 aux Etats-Unis a permis de préciser les risques associés à cette intervention en fonction de l’âge du sujet. Au cours de cette période, 115 683 personnes, dont 12 917 avaient plus de 90 ans, se sont faites poser un premier stimulateur. Celles qui avaient subi une autre intervention invasive lors de leur hospitalisation avaient été exclues de l’analyse. Chez les sujets de 70 à 79 ans, la mortalité liée à la pose du stimulateur était de 0,6%, et des complications avaient concerné 5,6% d’entre eux. Chez les nonagénaires, les chiffres correspondants étaient de 1,9 et 6,3%. La complication la plus fréquente était le pneumothorax qui avait touché 1,7% des patients de 70 à 79 ans et 2,25% des plus de 90 ans. La durée moyenne du séjour hospitalier était de 3,2 jours chez les premiers et de 4,3 jours chez les seconds. La prise en compte des diverses variables a montré que la présence de comorbidités sévères (score de Charlson > 5) multipliait par 5 le risque de décès, et chaque décennie supplémentaire d’un facteur 2,8. De même, la présence de comorbidités sévères était plus fortement associée au risque de complications et à un allongement de la durée du séjour hospitalier que l’âge en lui-même. Cette étude montre que, les risques liés à la pose d’un stimulateur cardiaque chez les plus de 90 ans sont peu différents de ceux observés chez les septuagénaires. Bien plus que l’âge, ce sont les pathologies associées qui devraient être considérées dans la prise de décision de l’intervention.

Publié en Mai 2013
Auteur : T. Cudennec - Hôpital Ambroise Paré,  Boulogne-Billancourt
Références : Mandawat A et al. Circulation. 2013;127:1452-1465.