Comment prédire au mieux l’espérance de vie des octogénaires ?

L’évaluation des performances physiques chez les seniors est considérée en pratique comme une approche prédictive de l’évolution fonctionnelle et permettrait d’apprécier leurs chances de survie. Pour la vitesse de marche, une valeur seuil à 0,8 m/s a ainsi été proposée, valeur en dessous de laquelle les risques de déclin fonctionnel et de problèmes de santé seraient notablement augmentés. Toutefois, dans beaucoup d’études, les sujets de plus de 85 ans sont très faiblement représentés. De plus, ils éprouvent souvent des difficultés à réaliser les tests fonctionnels. Les investigateurs néerlandais de la Leiden 85-plus Study se sont donc proposés de comparer l’aspect prédictif de la vitesse de marche et des capacités à effectuer les activités instrumentales de la vie quotidienne (IADL). Les 599 participants étaient tous âgés de 85 ans en début d’étude. Leur vitesse de marche a été évaluée sur leur lieu de vie sur une distance de 6 mètres et leurs aptitudes aux IADL estimées grâce à un auto-questionnaire. Au départ, la vitesse moyenne de marche de la cohorte était de 0,5 m/s. Seuls 10 sujets avaient une vitesse de marche > 1,0 m/s, 48 avaient une vitesse > 0,8 m/s et 73 participants ont été incapables d’effectuer le test. Au cours des 12 ans de suivi, 542 participants sont décédés. Au bout de 2 et 12 années, le risque de mortalité globale était respectivement multiplié par 2,7 et 2,0 chez ceux qui avaient une vitesse de marche ≤ 0,4 m/s pour les femmes ou ≤ 0,45 m/s pour les hommes. Cette relation n’était cependant plus significative après ajustement sur les divers facteurs de confusion, et en particulier les performances cognitives et les symptômes dépressifs. Ceux qui avaient les plus mauvaises performances aux IADL avaient un risque de mortalité à 2 et 12 ans multiplié par 6 et 2,7. Bien qu’atténuée, cette relation demeurait significative après prise en compte des autres facteurs de risque, y compris de la vitesse de marche. Pour les auteurs, la vitesse de marche demeure un paramètre utile pour évaluer les chances de survie chez les octogénaires, mais les valeurs seuil devraient être corrigées à la baisse. L’évaluation de l’aptitude aux IADL semble toutefois avoir une meilleure valeur prédictive.

Publié en Février 2013
Auteur : L. Teillet - Hôpital Sainte-Périne,  Paris
Références : Taekema DG et al. Am J Med. 2012;125:1188-1194.