La prescription de psychotropes augmente rapidement après l’entrée en institution.

De nombreux travaux ont été consacrés aux effets indésirables des psychotropes chez les personnes âgées vivant en institution, et des recommandations de bon usage des ces médicaments ont été édictées par diverses instances. Pourtant leur dispensation ne semble pas s’infléchir, quel que soit le pays considéré. Il existe toutefois de grandes disparités selon les établissements, ce qui correspond probablement à des habitudes culturelles propres à chacun d’entre eux. Quoi qu’il en soit, cette prescription se fait dans la grande majorité des cas en dehors de tout diagnostic de maladie mentale. S’agit-il de la simple continuation d’une habitude prise avant l’entrée en institution ou bien la plupart des patients débutent-ils ces médicaments après leur admission ? Les résultats d’une étude réalisée à partir de janvier 2009 en Irlande du Nord, grâce à la centralisation des données relatives aux prescriptions, ont permis de préciser les habitudes de consommation de psychotropes dans ce pays. Cette étude concerne les 250 617 personnes de 65 ans et plus, recensées en octobre 2008 et réparties dans toute l’Irlande du Nord. Au cours des 2 ans de suivi, 6 779 sujets sont entrés en institution. En janvier 2009, parmi les personnes qui vivaient à domicile, 1,1% prenaient un antipsychotique, 7,3% un hypnotique et 3,6% un anxiolytique. Un an plus tard, ces chiffres étaient respectivement de 1,3%, 8,4% et 4,2%. Pour les résidents qui étaient déjà en institution, les prescriptions étaient beaucoup plus élevées : 20,3% pour les antipsychotiques, 24,9% pour les hypnotiques et 9,9% pour les anxiolytiques en janvier 2009, avec une augmentation significative de 1,7% des hypnotiques au cours de l’année suivante. Il est à noter que le niveau de prescription était plus élevé chez ceux qui allaient être institutionnalisés, soit 8,2% pour les antipsychotiques, chiffre qui passait à 18,6% 1 an plus tard. De même, chez ces personnes, la prise d’hypnotiques et d’anxiolytiques avait augmenté respectivement de 78% et 65% après leur entrée dans l’établissement. Ainsi, 6 mois après leur entrée en institution, 30% des nouveaux résidents s’étaient vu prescrire au moins un antipsychotique, 37% un hypnotique et 24% un anxiolytique, l’augmentation de prescription se faisant essentiellement au cours des 2 premiers mois. Pourtant, il faut préciser qu’en Irlande du Nord, la plupart des personnes âgées conservent le même médecin lorsqu’elles sont institutionnalisées. Ainsi, même si les personnes qui vont entrer en institution prennent plus de psychotropes, le simple renouvellement des prescriptions n’explique pas à lui seul la forte consommation de ces médicaments dans les résidences pour personnes âgées.

Publié en Mars 2013
Auteur : T. Cudennec - Hôpital Ambroise Paré,  Boulogne-Billancourt
Références : Maguire A et al. J Am Geriatr Soc. 2013;61:215-221.