L’athérosclérose est-elle vraiment une maladie des temps modernes ?

Avec l’allongement considérable de l’espérance de vie depuis 2 siècles, la maladie athéroscléreuse est devenue l’une des principales causes de décès dans les pays développés. Il est couramment admis que cette altération des vaisseaux est essentiellement liée au mode de vie moderne et que si l’on avait la possibilité de retrouver une façon de vivre équivalente à celle de l’ère préindustrielle, ou mieux, celle des cueilleurs-chasseurs, ce type d’affection pourrait être évité. Il semblerait cependant que nos ancêtres qui vivaient il y a quelques milliers d’années étaient déjà touchés par l’athérosclérose. C’est ce que vient de montrer un travail regroupant les observations effectuées sur 137 momies provenant de 4 régions différentes du monde : l’Egypte (76 momies datées de -3 100 à +364), le Pérou (51 momies datées de +200 à +1 500), des villages anciens de l’Utah aux Etats Unis (5 momies datées de -1 500 à +1 500) et les îles Aléoutiennes (5 momies d’une peuplade de cueilleurs-chasseurs, datées de +1 756 à +1 930). Toutes ces momies ont été examinées par tomodensitométrie et la présence de calcifications au niveau cardiovasculaire, considérée comme marqueur d’une athérosclérose, a été recherchée par 7 spécialistes en imagerie. Seules les momies égyptiennes avaient été embaumées alors que les autres résultaient d’une momification naturelle sans éviscération. L’âge moyen de décès était de 37 ans pour les égyptiens et les péruviens et 28 ans pour les anciens occupants de l’Utah et les aléoutiens. Au total, 47 momies présentaient une calcification vasculaire, dont 25 une athérosclérose certaine et 22 une athérosclérose probable. Ces lésions étaient présentes dans les 4 populations étudiées, soit chez 38% des égyptiens, 25% des péruviens, 40% des anciens villageois de l’Utah et 60% des aléoutiens. La présence d’une athérosclérose était directement corrélée à l’âge et ceux qui avaient plusieurs lits vasculaires touchés étaient en général plus âgés. Il n’y avait aucune différence entre les hommes et les femmes ni selon la période historique. Dans ces populations, l’alimentation était probablement très diversifiée avec des sources de protéines variées. Le gibier et le poisson étaient probablement présents dans les 4 cultures, mais aussi le bétail domestique pour les égyptiens alors que les protéines étaient quasi exclusivement d’origine marine chez les aléoutiens. Les auteurs rappellent aussi que les égyptiens qui étaient momifiés appartenaient le plus souvent à une classe sociale favorisée qui avait accès à une alimentation plus riche que la moyenne de la population. Ces résultats, bien que basés sur un nombre restreint de sujets, montrent que l’athérosclérose était déjà fréquente dans les populations qui ont précédé l’ère industrielle, voire même, chez les cueilleurs-chasseurs. Les auteurs émettent donc l’hypothèse que l’athérosclérose serait inhérente à l’avance en âge et indépendante du mode de vie.

Publié en Avril 2013
Auteur : G. Hamon - Successful Aging, Boulogne-Billancourt
Références : Thompson RC et al. Lancet. 2013;381:1211-1222.