Le paradoxe de l’obésité se confirme également chez les coronariens.

Dans la population générale, l’obésité est considérée comme un facteur de risque de morbidité et de mortalité cardiovasculaire et métabolique. Une perte de poids est ainsi recommandée en prévention primaire et secondaire chez les personnes en surpoids. Plusieurs études épidémiologiques ont cependant mis en évidence un effet protecteur de l’obésité dans plusieurs affections telles que l’insuffisance rénale terminale, l’insuffisance cardiaque, la fibrillation auriculaire ou les coronaropathies. Une étude prospective de grande ampleur a été réalisée sur une cohorte suédoise regroupant tous les patients qui avaient présenté un syndrome coronarien aigu (angor instable, infarctus du myocarde avec ou sans décalage du segment ST), l’une des principales causes de mortalité dans les pays occidentaux, et qui avaient été hospitalisés entre mai 2005 et décembre 2008 pour subir une coronarographie. Parmi les 64 436 sujets concernés, un dossier médical permettant une analyse détaillée était disponible pour 45 693 patients. Parmi eux, 38 667 avaient une sténose coronarienne significative avec un rétrécissement de plus de 50% du diamètre d’au moins une coronaire. Les patients en surpoids étaient d’autant plus jeunes que leur surpoids était élevé : âge moyen de 62 ans pour un IMC ≥ 35 kg/m2versus 71 ans pour un IMC compris entre 18,5 et 21 kg/m2. La mortalité des participants a ensuite été suivie sur une durée maximale de 3 ans en prenant comme groupe de référence les sujets qui avaient un IMC compris entre 21,0 et 23,5 kg/m2. Quel que soit le traitement reçu, les personnes qui avaient un IMC < 18,5 kg/m2avaient un risque de mortalité 3 fois plus élevé que celles du groupe de référence, alors que ce risque était diminué de moitié chez celles qui avaient un IMC compris entre 26,5 et 28,0 kg/m2. Ce n’est qu’au-delà d’un IMC de 35 à 40 kg/m2que le risque de décès augmentait à nouveau, indiquant ainsi une relation en U entre le risque de mortalité et l’IMC. Ces données confirment l’existence d’un paradoxe lié à l’obésité également chez les patients qui présentent un syndrome coronarien aigu. En dépit des nombreuses hypothèses, les mécanismes sous-jacents ne sont pas encore bien compris. La répartition de la masse graisseuse n’a pas été prise en compte dans cette étude, toutefois, les hormones produites par le tissu adipeux pourraient jouer un rôle cardio-protecteur déterminant. Au vu de ces résultats qui viennent conforter des analyses rétrospectives antérieures, une perte de poids doit-elle toujours être recommandée chez ces malades en surpoids ?

Publié en Mars 2013
Auteur : L. Teillet - Hôpital Sainte-Périne,  Paris
Références : Angerås O et al. Europ Heart J. 2013;34:345-353.