Le pronostic vital des malades après manœuvres de réanimation.

Le pronostic vital des malades après manœuvres de réanimation n’est pas bien connu. Si un âge élevé ne semble pas particulièrement prédictif de mortalité, les connaissances sont en revanche très limitées en ce qui concerne le statut fonctionnel des patients hospitalisés. Une étude rétrospective a été réalisée dans le but d’analyser la relation entre des manœuvres de réanimation réussies, après arrêt cardio-respiratoire à l’hôpital, et le statut fonctionnel des patients lors de leur hospitalisation. Cette étude est basée sur des données colligées dans un registre entre 2000 et 2008 par 235 hôpitaux du nord des Etats-Unis. Les patients étaient stratifiés en 4 groupes selon leur niveau de dépendance pour les activités de la vie quotidienne, et selon le fait qu’ils vivaient ou non en institution. Le statut fonctionnel avant l’arrêt cardio-respiratoire avait été évalué à partir du Cerebral Performance Category scale (CPC). Les sujets du groupe « indépendant » pour les activités de la vie quotidienne avaient un score CPC de 1 à 2, et ceux du groupe « dépendant » avaient des scores entre 3 et 5. Pour une meilleure pertinence clinique, les scores 4 et 5 (le score 5 correspondant à la mort cérébrale) ont été exclus pour les analyses principales. Pour chaque malade, seul le premier arrêt cardio-respiratoire a été inclus dans les analyses. En cas de directives anticipées en contradiction avec la réanimation effectuée, cette dernière n’a pas été retenue dans les analyses. Le critère principal de jugement était la reprise d’une hémodynamique autonome au décours immédiat de la tentative de réanimation. Le statut fonctionnel était un critère de jugement secondaire. Au total, 26 329 malades âgés en moyenne de 77 ans et dont 78% vivaient en institution ont été inclus. Les patients autonomes avaient un taux de réussite des réanimations significativement plus élevé que les patients dépendants, que ce soit en institution (52% vs 49%) ou en communauté (50% vs 43%). De la même manière, le taux de survie au moment de la sortie d’hôpital était plus élevé dans le groupe des patients vivant en communauté et autonomes (18%), alors que ce taux était de 11% chez les patients dépendants et vivant en institution. Concernant le statut fonctionnel, de la même manière, c’est le groupe de ceux qui étaient indépendants et vivaient en communauté qui avait le plus souvent l’autonomie la meilleure après réanimation. Suite à la restauration de l’hémodynamique, une consigne de « ne pas réanimer » était donnée par l’entourage pour environ la moitié des cas de réussite de la première intervention, avec un délai médian de 10 heures. Au total, en dehors de la confirmation du fait qu’une importante dépendance pour les activités de la vie quotidienne soit prédictive d’échec ou de décès hospitalier, l’un des résultats intéressant de cette étude est que les « consignes de non réanimation » sont établies pour près de la moitié des patients qui ont été l’objet d’une tentative de réanimation, et ce dans les heures qui suivent. L’une des limites de l’étude, soulignée par les auteurs, est le fait que l’existence éventuelle d’une démence n’était pas renseignée, alors qu’il s’agit d’un facteur de mortalité hospitalière connu. De plus, il s’agit de situations qui posent des questions d’ordre éthique. Enfin, si les différences entre les groupes étudiés sont significatives sur le plan statistique, leur pertinence clinique est loin d’être évidente.

Publié en Mars 2013
Auteur : L. Lechowski - Hôpital Sainte-Périne,  Paris
Références : Abbo ED et al. J Am Geriatr Soc. 2013;61:34-39.